Friedrich Merz

Les élections allemandes marquent une nouvelle étape dans la crise du capitalisme européen. Précipité par la rupture de la coalition de « centre gauche » dirigée par Olaf Scholz (SPD) en novembre dernier, le scrutin a été une démonstration de l’instabilité croissante de la première puissance de l’UE.

La CDU, le parti traditionnel de la droite conservatrice, a remporté une victoire fragile, avec seulement 28,5 % des voix. C’est le deuxième pire score de son histoire. Son dirigeant, le futur chancelier Friedrich Merz, a un taux de popularité de 32 %, deux fois moins que Scholz au début de son mandat.

Tous les partis de la coalition qui était au pouvoir depuis 2021 ont été sévèrement sanctionnés : le SPD a recueilli 16,4 % des voix (le plus mauvais résultat que le parti ait connu depuis 1887), les Verts ont obtenu 11,6 % et les libéraux du FDP seulement 4,3 %. Ils paient le prix de la colère massive qu’ont provoqué deux années de récession et quatre années de crise industrielle et de chute du pouvoir d’achat.

Si la CDU a bénéficié de son statut de premier opposant à la coalition de Scholz, le véritable vainqueur des élections est l’AfD (Alternative pour l’Allemagne, extrême droite), qui est passée de 10 % à presque 21 % des voix entre 2021 et 2025.

Cultivant une image « anti-système » et « radicale », opposé à la guerre en Ukraine et détournant la colère d’une partie des masses grâce à une rhétorique raciste contre les migrants, l’AfD a surtout profité du discrédit qui touche tous les partis représentant le « statu-quo ». Le parti arrive largement en tête dans l’ex-Allemagne de l’Est et dans les catégories les plus pauvres de la population, c’est-à-dire là où le déclin du capitalisme allemand se fait ressentir le plus fortement.

Crise du capitalisme allemand

La puissance économique de l’Allemagne, qui en faisait jusqu’à peu un bastion de stabilité et de paix sociale, reposait largement sur son appareil industriel et sur ses exportations, qui comptent pour 25 % des emplois et 47 % de la production économique. Or, depuis 2018, la production industrielle allemande a baissé de 15 % – et même de 25 % dans le secteur-clé de l’automobile. Cela s’est traduit par des fermetures d’usines et par de nombreuses suppressions d’emplois.

Cette tendance ne peut que continuer à s’accélérer, car la hausse du protectionnisme à l’échelle mondiale réduit les débouchés du capitalisme allemand. Par ailleurs, la rupture de l’approvisionnement de l’industrie allemande en gaz russe à bon marché – du fait des sanctions contre la Russie – a contribué à une inflation particulièrement féroce, qui a touché avant tout les plus pauvres.

L’économie allemande aurait besoin de centaines de milliards d’euros d’investissement pour se relever, mais les capitalistes refusent de dépenser un centime et les caisses de l’Etat sont vides. La seule option qui s’offre à la classe dirigeante est de faire payer la crise aux travailleurs par de violentes mesures d’austérité : ce sera la tâche du futur gouvernement Merz.

Minoritaire au Parlement, la CDU doit s’allier avec les sociaux-démocrates pour gouverner. C’est donc main dans la main que les deux principaux partis de la classe dirigeante vont attaquer la classe ouvrière et approfondir encore le discrédit de la démocratie bourgeoise et des institutions du capitalisme allemand.

Polarisation à gauche

Face à la vague d’austérité qui s’annonce, les directions syndicales refusent pour l’instant de mobiliser sérieusement les travailleurs. Elles ont même baissé leurs revendications lors des dernières négociations salariales dans les transports, de peur qu’une fois au pouvoir la CDU ne revienne sur un éventuel accord.

Mais le frein que ces dirigeants réformistes opposent au développement de la lutte des classes ne peut pas tenir éternellement. La crise du capitalisme allemand provoque une polarisation vers la gauche dans de larges couches de la population. Des centaines de milliers de travailleurs se sont syndiqués ces dernières années et les grèves se multiplient, parfois en débordant complètement les directions syndicales.

Sur le plan électoral, le parti réformiste de gauche Die Linke, qui était donné pour mort il y a encore quelques semaines, a finalement recueilli 8,8 % des voix à l’échelle nationale – 25 % chez les jeunes et même 35 % chez les jeunes femmes. Il a réalisé de très bons scores dans les grandes villes, remporté les élections à Berlin et enregistré une vague de dizaines de milliers d’adhésions au cours des dernières semaines. Cela s’explique simplement : Die Linke est la seule alternative de gauche à travers laquelle peut s’exprimer la colère de la jeunesse et des travailleurs. Pour autant, ce processus est aussi rendu plus compliqué par la modération de son programme et les nombreuses erreurs opportunistes de ses dirigeants.

Indépendamment de l’avenir de Die Linke, la radicalisation de la classe ouvrière finira inévitablement par faire surface sous la forme de grandes explosions sociales, qui menaceront la domination de classe de la bourgeoisie allemande !