Le second tour des élections municipales a confirmé et précisé les leçons du premier. C’est ce qui ressort d’une analyse honnête et sérieuse des résultats. Cependant, depuis dimanche soir, les journalistes et les politiciens bourgeois – surtout parmi les « centristes » – ne se livrent pas à une analyse honnête et sérieuse. Pour servir leur cause, ils ignorent une bonne partie des faits et des chiffres.

Dans le cadre de leur campagne permanente contre LFI, ils répètent en boucle l’idée suivante : les résultats à Toulouse, Limoges et Brest (entre autres) « prouvent » que « LFI fait perdre la gauche ».

En réalité, ces résultats ne prouvent rien de tel. D’une part, dans plusieurs villes, les listes d’union entre LFI et le reste de « la gauche » l’ont emporté. C’est le cas à Lyon, Nantes, Grenoble et Tours. D’autre part, à Toulouse, Limoges et Brest, le PS n’avait strictement aucune chance de l’emporter au second tour sans une alliance avec LFI. C’est même pour cette raison que les dirigeants locaux du PS ont cessé leurs insultes contre LFI, entre les deux tours, et accepté la fusion des listes. Bien sûr, les insultes ont repris de plus belle dimanche à 20h01. On connaît bien cette rengaine : lors des deux dernières élections législatives, les dirigeants du PS ont suspendu leurs attaques droitières et calomnieuses contre LFI le temps de l’élection, c’est-à-dire le temps de capter les voix des électeurs « insoumis ».

La réalité des chiffres

Dans quelle mesure les électeurs du PS ont refusé de voter pour les listes PS-LFI au second tour ? Il faut étudier chaque cas concrètement.

A Limoges, par exemple, les listes fusionnées ont réalisé le même nombre de voix (et même un peu plus) que l’addition des listes correspondantes au premier tour. L’électorat du PS au premier tour a donc voté PS-LFI au second.

A Toulouse, une partie de l’électorat du PS a refusé de voter pour la liste fusionnée au second tour. Mais ce phénomène n’a pas eu un caractère massif. Les listes de LFI et du PS-Verts-PCF, au premier tour, totalisaient ensemble 82 500 voix ; au second tour, la liste commune en a recueilli 78 900. C’est 3600 voix de moins, soit à peine 4 % des voix du premier tour.

A Brest, la liste fusionnée réalise un peu plus de voix que les deux listes du premier tour, comme à Limoges, mais les voix de deux autres listes « de gauche » du premier tour manquent à l’appel au second. Le report des voix à gauche n’a donc pas été complet ; mais comme à Toulouse, cette déperdition n’est pas massive.

Ce qui est vrai, par contre, c’est que les listes d’union de LFI avec le reste de « la gauche » n’ont pas suscité d’enthousiasme dans la masse des abstentionnistes du premier tour. Mais ce manque d’enthousiasme est imputable à la présence du PS sur ces listes – et non à celle de LFI. Ce qui le prouve indirectement (mais clairement), c’est la nette progression de nombreuses listes LFI qui se sont maintenues, au second tour, face au reste de « la gauche ». A Lille, par exemple, la liste LFI est passée de 15 000 voix (23,3 %) au premier tour à 21 900 voix (33,7 %) au second. A Montpellier, la liste de LFI est passée de 13 400 voix (15,4 %) à 19 300 voix (25 %). Et ainsi de suite.

Paris est un cas particulier. La liste de LFI pour la Mairie de Paris perd 30 % de ses voix entre les deux tours. Mais d’une part l’objectif de battre l’infernale Dati a pesé lourd dans la balance. D’autre part les électeurs de Chikirou avaient la possibilité de voter pour Grégoire à l’échelle de Paris (pour battre Dati) tout en votant pour LFI à l’échelle des arrondissements. C’est ce qu’ont fait la plupart des électeurs qui ont voté PS à l’échelle de Paris, au second tour, alors qu’ils avaient voté LFI au premier. Mieux encore : dans plusieurs arrondissements de la capitale, les listes de LFI ont nettement progressé entre les deux tours. Dans le 18e arrondissement, la liste de LFI a recueilli 16 350 voix, contre 12 550 au premier tour. Dans le 20e, LFI a recueilli 16 700 voix, contre 14 900 au premier tour. La progression est moins nette dans d’autres arrondissements, mais la tendance générale est claire.

Tout ceci confirme ce que le PCR souligne régulièrement depuis plusieurs années : les alliances de LFI avec l’aile droite du réformisme (PS, Verts et PCF) sont contre-productives du point de vue de la progression de LFI dans les couches les plus exploitées et opprimées de notre classe. Cela vaut pour la Nupes (2022), le NFP (2024) et les fusions des listes aux municipales. Tout en appelant à voter pour LFI, nous nous sommes prononcés contre la fusion de ses listes avec celles du reste de « la gauche » – et en particulier celles du PS, qui est massivement rejeté (pour d’excellentes raisons) dans la jeunesse et la classe ouvrière.

Dans la perspective de l’élection présidentielle d’avril 2027, la direction de LFI doit rompre avec l’aile droite du réformisme sur la base d’un programme radical. A défaut, c’est le RN qui bénéficiera le plus du rejet du « système » et de ses « vieux partis de gouvernement » (dont le PS) dans les couches les plus exploitées de notre classe.

La progression du RN

A cet égard, les élections municipales ont clairement confirmé la progression du RN. Effrayés par la polarisation politique croissante, les éditorialistes « centristes » tentent de se rassurer en ressortant la vieille théorie du « plafond de verre » auquel se heurterait le RN. A l’appui de cette théorie, ils citent telle ou telle défaite du RN au second tour, comme par exemple à Toulon. Mais dans les faits, le soi-disant « plafond de verre » ne cesse de s’élever ! Le RN a remporté des dizaines de villes, y compris nombre de villes très ouvrières.

Même à Toulon, la théorie du « plafond de verre » ne résiste pas une seconde à l’analyse de l’évolution réelle du vote RN, ces douze dernières années. En 2014, la liste du RN y réalisait 20,5 % des voix au premier tour, puis 15 % en 2020 (en pleine flambée du Covid). Cette fois-ci, la liste du RN à Toulon a réalisé 42 % des voix au premier tour. Drôle de « plafond de verre » ! Il nous semble plutôt que le RN a conquis l’étage supérieur pour aménager un duplex à ses élus archi-réactionnaires. C’est aussi le cas à Marseille et Lens, notamment : le RN est battu, mais sur la base d’une forte progression.

Au final, l’enseignement le plus général de ces élections municipales est celui que nous avons déjà formulé dans notre analyse des résultats du premier tour :

« L’abstention a été massive dans les couches sociales qui votent le plus pour LFI ou le RN. Or, malgré cela, LFI et le RN réalisent des scores importants dans de nombreuses villes. La polarisation politique s’est donc manifestée malgré l’abstention massive, sur fond de bérézina électorale du "centre" macroniste et d’une nouvelle contre-performance des Républicains. Ce n’est pas surprenant, car l’abstention massive et la polarisation politique sont deux phénomènes connexes, qui s’enracinent dans le même rejet du système politique officiel et des vieux "partis de gouvernement". »

La conclusion qui en découle est claire. Cette polarisation politique va dominer l’élection présidentielle d’avril 2027. Et dans la lutte pour gagner la masse des travailleurs qui rejettent les partis du « centre », LFI ne peut l’emporter que si elle rompt radicalement, sur la base d’un programme très offensif, avec tous les partis du « centre » – à commencer par le Parti Socialiste. A défaut, c’est sans doute le populisme réactionnaire du RN qui l’emportera.

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