Source : UAINE, Twitter

Depuis le début du mois de mai, la Bolivie est secouée par une puissante mobilisation ouvrière et paysanne qui réclame le départ du président Rodrigo Paz Pereira.

Elu en octobre dernier, sous le slogan démagogique du « capitalisme pour tous », Paz avait capitalisé sur la profonde déception provoquée par les vingt années de gouvernement du MAS (Mouvement vers le socialisme).

A peine arrivé au pouvoir, il a attaqué tous azimuts les travailleurs : suppression des subventions sur le carburant, réforme de la propriété agraire ouvrant la voie à l’expropriation de nombreux petits paysans autochtones au profit de l’agrobusiness, le tout accompagné de cadeaux fiscaux aux plus riches.

Mobilisation

Dans un pays déjà ravagé par la pire crise économique depuis les années 1980, ces mesures ont mis le feu aux poudres. Le 1er mai, la Centrale ouvrière bolivienne (COB), principale confédération syndicale du pays, a appelé à la grève générale illimitée. Les mineurs, les travailleurs des transports et les organisations autochtones (entre autres) sont entrés en lutte. Des barrages routiers ont paralysé des axes essentiels, isolant notamment La Paz, siège du gouvernement, et El Alto.

Le gouvernement tente de discréditer la mobilisation en l’accusant d’être un « coup d’Etat » orchestré par l’ancien président Evo Morales. Cette calomnie vise à faire oublier que la mobilisation est l’expression de la profonde colère provoquée par la misère, la crise économique et les contre-réformes. Washington a repris cette propagande à son compte et apporté son soutien à Paz, allié précieux de l’impérialisme américain dans la région.

Le mouvement a rapidement dépassé le cadre initial des revendications économiques et corporatistes. Beaucoup ont compris que Paz ne reculerait pas et que ses promesses de dialogue ne visaient qu’à gagner du temps. Désormais, le mot d’ordre qui domine les manifestations est clair : « Dehors Paz ! ». Comme l’a reconnu Mario Argollo, le dirigeant de la COB, « la base a dépassé la direction ».

Paz a tenté plusieurs manœuvres. Il a annoncé un remaniement ministériel, puis une baisse de 50 % de son salaire et de celui de ses ministres. Mais ces gestes symboliques ne règlent rien. Faute de pouvoir satisfaire les revendications du peuple, le gouvernement privilégie de plus en plus la répression. Déjà utilisée depuis le début du mouvement (on compte au moins sept morts), elle pourrait franchir un nouveau cap : le Parlement a autorisé le recours à l’état d’urgence, ce qui permet au pouvoir de mobiliser l’armée contre les manifestants et de restreindre les libertés de réunion et de manifestation.

Comment vaincre ?

Malgré sa puissance, le mouvement reste inégal selon les régions. Dans plusieurs centres ouvriers majeurs, la mobilisation demeure limitée, notamment faute d’un travail systématique de préparation de la grève générale par la direction de la COB. Une telle mobilisation ne s’improvise pas : elle exige une grande campagne d’agitation dans les lieux de travail et dans toutes les régions du pays, mais aussi un programme offensif capable d’entraîner dans la lutte tous les opprimés et les pauvres.

La revendication du départ de Paz est juste, mais elle ne peut être une fin en soi. Nombre de travailleurs pensent à juste titre que plusieurs dirigeants se sont succédé ces dernières années sans que leur situation ne s’améliore jamais et qu’il ne suffira donc pas de changer de président. Le mouvement doit lier la lutte contre Paz à un programme unifiant les revendications de tous les secteurs : augmentation des salaires et leur indexation sur l’inflation, fin de la répression, levée des mandats d’arrêt visant les dirigeants de la COB, annulation de la hausse du prix des carburants et mesures pour faire payer la crise aux plus riches. Un tel programme permettrait à la COB de rallier à la lutte les régions du pays qui ne sont pas encore pleinement mobilisées.

Pour coordonner ses forces et résister à la répression, la mobilisation doit aussi se structurer. Il faut mettre sur pied des comités de lutte à l’échelle locale et nationale, avec des délégués élus et révocables. Le sort du mouvement doit être placé entre les mains des travailleurs et des pauvres eux-mêmes. Ce n’est qu’ainsi que la mobilisation pourra se donner les moyens non seulement de renverser Paz, mais aussi d’en finir avec le capitalisme, la misère et l’exploitation !

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