Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, appelle à une grande marche contre le racisme le 21 juin.
Tout le long du mois, aux quatre coins du pays, des marches des fiertés seront organisées contre les LGBTphobies.
La lutte contre les oppressions sera donc au cœur des mobilisations des prochaines semaines. Le PCR appelle à y participer massivement – et y défendra les idées suivantes.
Division et diversion
La lutte contre toutes les oppressions fait partie intégrante de la lutte des classes. Dans le monde entier, les bourgeoisies alimentent le racisme, le sexisme et les LGBTphobies pour diviser les travailleurs et orienter leur colère vers des boucs émissaires. L’objectif est de paralyser la lutte de notre classe contre les seuls responsables de la crise économique et sociale : les grands capitalistes et leur système agonisant.
Chaque bourgeoisie nationale applique à sa manière la formule ancestrale de toutes les classes dirigeantes : « diviser pour mieux régner ». En France, c’est le racisme et l’islamophobie qui dominent – de loin – les offensives réactionnaires contre les minorités opprimées. Face à la crise de régime et à l’exaspération croissante des masses, sur fond de régression sociale permanente, la bourgeoisie française, ses politiciens et ses journalistes se livrent à une campagne quotidienne contre les « étrangers » et les musulmans.
Les frontières de l’insulte et du grotesque sont sans cesse franchies. Des articles, des reportages, des « débats » et de solennelles « réactions » de politiciens sont consacrés à la présence de rayons hallal dans des supermarchés, à la longueur de certaines robes (et de certaines barbes), à la présence de « burkinis » sur nos plages, aux pratiques religieuses de sportifs – et ainsi de suite, jusqu’à la nausée. L’imagination créatrice des islamophobes professionnels est sans limites.
Dans ce domaine, la bourgeoisie prétendument « libérale » vocifère à peine moins que l’extrême droite. La différence est dans le style, mais pas sur le fond. Même des dirigeants « de gauche » font de scandaleuses concessions à cette propagande archi-réactionnaire. Cela prend des formes plus ou moins « subtiles ». Par exemple, dans sa pathétique bande dessinée, François Ruffin présente le racisme comme un regrettable malentendu – que le même François Ruffin, une fois élu à l’Elysée, saurait dissiper grâce à sa pondération, son autorité et son charisme naturels. En attendant, il demande aux opprimés de se tenir tranquilles et, en particulier, de « respecter » nos braves policiers racistes.
Double jeu
Le sexisme et les LGBTphobies occupent une place différente dans le dispositif idéologique et politique de la bourgeoisie française. Dans ce domaine, elle joue plus nettement sur deux tableaux en même temps.
La « fraction Bolloré » et ses nombreux satellites ne cachent pas leur indignation sacrée face à la crise de la famille traditionnelle, aux revendications des femmes et des personnes LGBT, à la lutte générale pour l’égalité des droits. Pour défendre et justifier l’oppression des femmes, ils pleurent à chaudes larmes sur la « crise de la masculinité ». Ce faisant, ils encouragent les agressions sexistes et LGBTphobes.
Quant à la faction « libérale » de la bourgeoisie, elle fait mine de protester contre les « outrances » de CNews et compagnie ; mais en réalité elle en a objectivement besoin ; elle les tolère et les encourage. D’une part, elle y puise une rare occasion de se donner des airs progressistes ; d’autre part, toute diversion est bienvenue à ses yeux, même lorsqu’elle n’en assume pas directement la responsabilité.
Surtout, c’est cette même bourgeoisie « libérale » qui, en attaquant sans cesse la situation matérielle de tous les travailleurs, aggrave de facto les différentes formes d’oppression. Par exemple, le développement de la pauvreté a renforcé la dépendance économique de nombreuses femmes à l’égard de leur conjoint violent.
Lutte des classes !
L’approfondissement de la crise du capitalisme se traduit – comme la nuit suit le jour – par une intensification des attaques de la bourgeoisie contre les minorités opprimées. Le mouvement ouvrier doit y répondre efficacement et massivement.
Pour lutter contre les préjugés racistes, sexistes et LGBTphobes qui affectent certaines fractions de la classe ouvrière, les discours abstraits, « humanistes » et moralisateurs sont totalement impuissants. Quant à la théorie des « privilèges » en vogue dans certains milieux militants, elle est non seulement fausse [1], mais aussi parfaitement contre-productive.
Ce qui est requis, c’est une lutte commune, unitaire, massive, de tous les exploités et de tous les opprimés – quels que soient leur genre, leur origine, leur religion, etc. – sur la base d’un programme qui s’attaque aux racines matérielles de toutes les oppressions : la domination de la société par une poignée de parasites géants qui contrôlent les grands leviers de l’économie et se gavent de profits sur le dos du plus grand nombre. Il faut une lutte commune pour en finir avec la pénurie d’emplois bien payés, de logements dignes, de services publics de qualité.
Comme l’expliquait Lénine, le racisme est, en dernière analyse, « une question de pain ». Il ajoutait que c’est dans l’action unitaire pour « le pain », dans la lutte des classes elle-même, que les préjugés racistes et nationalistes perdent leur influence parmi les travailleurs. Il en va de même pour tous les autres préjugés. On l’a vu à de nombreuses reprises ces dernières décennies : par exemple lors des révolutions arabes de 2010 et 2011, ou encore lors de la révolution soudanaise de 2018-2021.
La question du « pain » ne sera pas réglée sur la base du capitalisme. Malcolm X disait : « Pas de capitalisme sans racisme ». C’est aussi vrai des autres formes d’oppression. Pour les envoyer toutes dans les poubelles de l’histoire, il faudra y jeter le système capitaliste lui-même.
[1] A ce sujet, lire l’article « Tous privilégiés ?! »
Sommaire
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