Depuis la mi-janvier, les Etats-Unis soumettent Cuba à un blocus pétrolier draconien qui fait mourir l’île à petit feu.

Cuba dépend de ses importations de pétrole pour la majeure partie de ses besoins énergétiques. Le Venezuela – qui représentait 34 % des importations cubaines de pétrole – a cessé d’en envoyer depuis l’agression militaire américaine du 3 janvier et l’enlèvement du président Nicolas Maduro.

Le deuxième fournisseur de pétrole de l’île était le Mexique. Le 29 janvier, Trump a publié un décret dans lequel il accusait Cuba de représenter une « menace inhabituelle et extraordinaire » pour la sécurité nationale des Etats-Unis et menaçait d’imposer des droits de douane punitifs à tout pays commerçant avec Cuba. Le Mexique a plié devant ces menaces et n’a plus envoyé de barils de pétrole sur l’île depuis le 9 janvier !

Les coupures d’électricité, dont les cubains étaient déjà coutumiers, atteignent désormais 16 heures d’affilée dans certaines provinces. Les opérations chirurgicales non urgentes ont été reportées. De nombreux Cubains doivent se passer de réfrigérateurs ou de lumière électrique, aussi bien chez eux qu’au travail ou à l’école.

La vente de carburant étant rationnée, il est de plus en plus difficile de transporter en ville les aliments produits dans les campagnes, tandis que les produits importés ne peuvent plus être acheminés depuis les ports vers l'intérieur du pays.

Faute de carburant pour avion, les compagnies aériennes canadiennes et russes ont annulé tous leurs vols à destination de Cuba et organisent le rapatriement de leurs touristes déjà présents sur l’île. Cette crise énergétique se double ainsi d’une crise du tourisme, l’une des principales sources de revenus du pays.

Les objectifs de Trump

Cette offensive s’inscrit dans la logique de la « stratégie de sécurité nationale » publiée en novembre par le Département d’Etat américain : Washington y proclame son intention de restaurer et renforcer sa mainmise sur sa « chasse gardée » impérialiste en Amérique du Sud, et d’en chasser tous les « acteurs non-hémisphériques ».

Comme au Venezuela, les Etats-Unis veulent obliger Cuba à rompre tous ses liens économiques, politiques et militaires avec la Russie et la Chine. Le décret du 29 janvier mentionne par exemple l’installation d’une unité des renseignements militaires russes à Cuba – un affront inacceptable pour l’impérialisme américain.

Mais Washington veut aussi en finir avec la révolution cubaine, qui a renversé le capitalisme et expulsé les impérialistes. Le blocus pétrolier de Trump est le prolongement de la campagne systématique mise en œuvre contre Cuba par Washington, depuis la tentative d’invasion de la baie des cochons en avril 1961 et l’instauration d’un embargo par l’administration Kennedy en février 1962.

Une « version cubaine de Delcy Rodríguez »

Par son blocus pétrolier, Trump sème la famine et le désespoir sur l’île, pour tenter de provoquer un soulèvement contre le régime ou, à défaut, contraindre ce dernier à renoncer aux derniers acquis de la révolution.

Jouant leur rôle de porte-voix de la propagande impérialiste, les médias bourgeois diffusent toutes sortes de rumeurs. À Madrid, le journal El País écrit ainsi que « selon plusieurs analystes, [Óscar Pérez-Oliva Fraga, le petit-neveu de Fidel et Raúl Castro] pourrait jouer à Cuba le même rôle que Delcy Rodríguez au Venezuela. C’est un technocrate qui possède les qualifications nécessaires pour devenir le nouveau président de Cuba en cas de négociations avec Washington. »

Peu importe pour les soi-disant « démocrates » d’El País que les Etats-Unis n’aient aucun droit de décider qui doit être le dirigeant de Cuba, et que Delcy Rodríguez ne soit devenue présidente par intérim qu’après que Washington ait envahi le Venezuela, un Etat souverain, pour y tuer des dizaines de personnes et kidnapper son chef d’Etat !

De son côté, le gouvernement cubain répète officiellement qu’il est ouvert au dialogue avec les Etats-Unis, à condition que celui-ci se déroule sans « pression ni conditions préalables », sur un « pied d’égalité », et sans « ingérence dans les affaires intérieures ». C’est pure utopie ! L’impérialisme américain exige la soumission totale de l’île. Il n’hésite pas à recourir à un blocus pétrolier – quelles qu’en soient les conséquences dramatiques pour le peuple cubain – et ne reculera pas plus devant une agression militaire, si l’embargo n’atteint pas son but. Des avions et des navires de la marine américaine patrouillent déjà aux abords de l’île. Des dizaines de milliers de soldats ont été déployés dans la région. Comment des négociations pourraient-elles se tenir sur un « pied d’égalité » dans ces conditions ?

Pas touche à Cuba !

Cuba n’a jamais été aussi isolé qu’aujourd’hui. Le gouvernement mexicain a envoyé de la nourriture et des vivres, mais c’est de pétrole dont les cubains ont urgemment besoin ! Sous prétexte de ne pas « mettre en danger les intérêts du Mexique », Claudia Sheinbaum se soumet aux diktats de Washington et refuse catégoriquement d’envoyer du carburant.

Plusieurs journaux ont rapporté fin février qu’un pétrolier russe chargé de 200 000 barils de pétrole serait en route vers Cuba. Etant déjà soumise à des sanctions draconiennes par les Etats-Unis, la Russie est en effet moins « sensible » aux menaces de tarifs douaniers punitifs. Il reste à voir en pratique comment ce navire pourrait franchir le blocus naval imposé par la marine américaine, alors que des navires liés à la Russie ont déjà été interceptés par les marines américaine et française sur plusieurs mers du globe, de l’Atlantique Nord à la Méditerranée.

Au final, l’« appui » apporté par la Russie, la Chine, et plusieurs pays d’Amérique latine se réduit à des mots. Comme l’écrivait le journal révolutionnaire cubain La Tizza (« ¡ Levántense con Cuba, pueblos del mundo ! », 3 février 2026) :

« La Chine et la Russie expriment leur soutien et leur désapprobation de façon rhétorique, mais ni l’une, ni l’autre ne semblent vouloir partager le sort du peuple cubain face à l’agression directe. Un soutien symbolique, des calculs stratégiques et une île contrainte de faire face presque seule à une escalade guerrière soigneusement planifiée. »

Certains dirigeants de gauche prétendent qu’un monde « multipolaire » garantirait une plus grande souveraineté des petites nations. L’abandon de Cuba face à la force brutale de l’impérialisme américain démontre qu’il n’en est rien. Dans la confrontation entre puissances impérialistes, les petites nations comme Cuba ne sont que des pions, qui peuvent être sacrifiés lorsque l’exigent les intérêts de leurs soi-disant « protecteurs ».

La situation actuelle est une nouvelle confirmation du fait qu’il est impossible de construire le socialisme dans un seul pays, a fortiori sur une petite île des Caraïbes située à 145 kilomètres de la première puissance impérialiste du monde.

Comme le souligne l’éditorial de La Tizza, plutôt que de s’appuyer sur des dirigeants bourgeois soi-disant « anti-impérialistes », Cuba doit compter sur les forces de son propre peuple, mais aussi sur la classe ouvrière, la paysannerie pauvre et la jeunesse révolutionnaire des autres pays. Ce n’est pas une formule abstraite, mais une question concrète.

Une mobilisation massive du peuple mexicain – de ses syndicats, de ses organisations de masse, de sa jeunesse et de sa paysannerie – pourrait contraindre Sheinbaum à rompre avec sa politique de soumission à Donald Trump.

Il en va de même pour la Colombie et le Brésil, deux pays producteurs de pétrole dirigés par des gouvernements de gauche élus par les travailleurs et les pauvres. Au Brésil, la puissante Fédération unifiée des travailleurs du pétrole a exigé que le gouvernement de Lula envoie des cargaisons de pétrole à Cuba. C’est la voie à suivre. La section brésilienne de l’ICR a repris ce mot d’ordre et lancé une campagne énergique en ce sens !

Les menaces brandies par Trump de droits de douane punitifs sont bien réelles. Mais si le Mexique, la Colombie et le Brésil défiaient Trump ensemble, de concert avec une mobilisation de masse anti-impérialiste à travers le continent, l’impérialisme américain serait de facto rejeté sur la défensive. Un tel mouvement rencontrerait par ailleurs un puissant écho parmi les millions de travailleurs américains opposés au génocide des gazaouis, aux raids de l’ICE contre les migrants, ou aux promesses non tenues de Trump visant à arrêter les « guerres sans fin ».

La libération nationale de Cuba du joug de l’impérialisme n’a été rendue possible que par la victoire de la révolution socialiste. La restauration du capitalisme signifierait que Cuba redeviendrait la semi-colonie américaine qu’elle était avant 1959. Il ne s’agit plus seulement de défendre les acquis matériels de la révolution – déjà fragilisés par des décennies de blocus impérialiste et de contre-réformes pro-capitalistes – mais de sauvegarder la souveraineté nationale et l’indépendance du pays face à l’impérialisme américain.

Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement la révolution cubaine, aussi importante soit-elle pour le mouvement ouvrier international. Il s’agit aussi d’enrayer l’offensive que mène l’impérialisme américain – la force la plus réactionnaire de la planète – sur tout le continent.

Pas touche à Cuba !

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