L’oppression des femmes est profondément enracinée dans la société actuelle. Vieille de plusieurs millénaires, elle se reflète dans tous les aspects de la vie économique et sociale. Discriminations et violences sont le lot quotidien de centaines de millions de femmes à travers le monde. La profonde crise dans laquelle est plongé le système capitaliste aggrave le phénomène – et bloque la voie vers la pleine émancipation de cette moitié de l’humanité. La lutte contre l’oppression des femmes est donc d’une actualité brûlante.
La situation actuelle
Le sexisme s’exprime de la manière la plus brutale sous la forme de violences physiques et sexuelles. L’affaire des « viols de Mazan » est un exemple particulièrement barbare de ce que vivent des milliers de femmes chaque année, en France. En 2022, 230 000 femmes ont été victimes de viols, de tentatives de viol ou d’agressions sexuelles.
Dans le monde, 85 000 féminicides ont été perpétrés en 2023, dont 60 % (soit 51 000) par un partenaire ou un membre de la famille de la victime ; et encore n’est-ce là qu’une estimation qui sous-estime sans doute la réalité. Selon l’UNICEF, 370 millions de femmes, soit une sur huit, ont subi un viol ou une agression sexuelle au cours de leur enfance. Des statistiques de cet ordre peuvent être citées ad nauseam, illustrant le fait que, pour des millions de femmes, la lutte contre le sexisme est une question de vie ou de mort.
Dans les pays dominés par l’impérialisme, la situation est catastrophique. Dans le monde, 129 millions de filles sont privées d’accès à l’éducation, dont plus de la moitié en Afrique. En 2020, au moins 287 000 femmes sont décédées des complications d’une grossesse ou d’un accouchement. 87 % d’entre elles vivaient en Afrique subsaharienne ou en Asie du Sud. En Afghanistan, au Yémen et ailleurs, les femmes paient le prix des crimes de l’impérialisme occidental qui, non content de piller et ravager ces pays, a financé les groupes islamistes qui font vivre un calvaire aux femmes.
Même dans les pays capitalistes les plus développés, les discriminations restent nombreuses. En France, il existe encore des secteurs de l’économie qui sont très majoritairement « féminins », comme ceux de la santé, des soins aux personnes et de la vente. Les femmes représentent 98 % des assistantes maternelles, 96 % des secrétaires et 95 % des aides à domicile. Au total, 70 % des femmes exercent des métiers dans lesquels on trouve au moins 65 % de femmes. Bien souvent, ces professions sont liées à de faibles niveaux de rémunération. C’est l’un des facteurs qui explique les inégalités salariales persistantes : tous temps de travail confondus, les femmes touchent 23,5 % de moins que les hommes. Selon une récente étude de l’Insee, même à temps de travail et poste équivalents, l’écart de salaire est de 4 %.
Les femmes réalisent toujours l’essentiel des tâches ménagères, de la garde des enfants et des soins apportés aux membres de la famille âgés ou malades – ce qu’on appelle communément le travail domestique et parental. Dans le monde, les femmes en effectuent les trois quarts. En France, les femmes consacrent en moyenne 3 heures par jour aux tâches domestiques ; les hommes 1h45. Les mères consacrent 1h35 aux tâches parentales ; les pères 41 minutes.
Ces chiffres permettent d’illustrer la façon dont les différents aspects de l’oppression des femmes interagissent – et donc pourquoi on ne peut traiter un seul symptôme sans s’attaquer à tout l’édifice. En effet, lorsqu’un couple a besoin qu’un des deux partenaires passe à temps partiel pour garder les enfants, il choisira généralement de sacrifier le salaire le moins élevé. Les femmes étant moins bien payées que les hommes, en moyenne, le choix se porte souvent sur elles. En 2018, près de 29 % des femmes françaises avaient un emploi à temps partiel, contre 7,8 % des hommes. Ce chiffre augmente évidemment, pour les femmes, avec le nombre d’enfants à charge.
Reculs et attaques
Loin de régresser, ces dernières années, ces inégalités s’aggravent. Sous l’impact de la crise du capitalisme, les inégalités se creusent, et l’on assiste à un recul des droits des femmes dans de nombreux pays.
En France, le nombre de violences conjugales enregistrées, chaque année, a quasiment doublé entre 2016 et 2021 : il a bondi de 114 000 à 207 000, selon le ministère de l’Intérieur. Il est vrai qu’un nombre plus important de femmes portent plainte, aujourd’hui, mais l’augmentation massive du nombre de cas enregistrés exprime aussi une tendance générale à l’exacerbation des violences faites aux femmes.
La crise du système capitaliste frappe de façon disproportionnée les femmes et les couches les plus opprimées de la société. Du fait de leur précarité, elles sont les plus exposées aux licenciements et aux abus en tous genres de la part des patrons. Cela renforce les différents symptômes de l’oppression – par exemple en aggravant la dépendance économique des femmes à l’égard des conjoints violents, ce qui entraîne une augmentation des violences conjugales.
Depuis la récession mondiale de 2008, les capitalistes imposent leur programme austéritaire. Les coupes drastiques dans les services sociaux, la santé et l’éducation se multiplient. Or, avec moins de crèches, d’hôpitaux et d’allocations, sur fond d’inflation galopante, le fardeau qui pèse sur les familles s’alourdit – et, au sein de la famille, ce fardeau retombe majoritairement sur les femmes. Celles-ci doivent assumer une part croissante du travail domestique. Ce n’est pas un hasard si, depuis la fin des années 2000, le taux d’activité des femmes âgées de 25 à 49 ans, en France, stagne autour de 85 %, alors qu’il est de 92,7 % chez les hommes.
Aux politiques d’austérité s’ajoutent les attaques directes de la droite et de l’extrême droite contre les droits des femmes. Aux Etats-Unis, l’avortement a été interdit ou restreint dans plus d’un tiers des Etats, suite à l’annulation de l’arrêt Roe v. Wade par la Cour suprême, en juin 2022. En 2023, dans la première puissance économique mondiale, plus de 170 000 femmes ont été contraintes de faire des centaines de kilomètres pour avorter – et, souvent, ont dû débourser des milliers de dollars dans des cliniques privées. La santé des femmes américaines est gravement mise en péril lorsqu’elles n’ont d’autres choix que d’avoir recours à un avortement illégal.
La bourgeoisie et le sexisme
L’oppression des femmes a constitué un trait commun de toutes les sociétés de classes. Comme nous l’expliquons page 24 de ce numéro de Révolution, l’oppression des femmes est apparue corrélativement à l’émergence de la propriété privée et de l’exploitation de classe. A l’égalitarisme du « communisme primitif » a succédé une situation dans laquelle les hommes ont imposé aux femmes une stricte monogamie – et les ont rejetées hors de la sphère productive.
Au sein de la famille, les femmes furent reléguées au rang d’esclaves domestiques. Dans la Rome antique, le père avait toute autorité sur les membres de sa famille (sa femme, ses enfants, ses esclaves et quiconque vivant sous son toit). Une femme passait de l’autorité de son père à celle de son mari. Dans la Rome comme dans la Grèce antiques, les femmes étaient exclues de la vie publique et politique. Elles n’avaient pas le droit de vote. Leurs activités se limitaient à la sphère privée : entretenir le foyer et élever les enfants.
En quelques millénaires d’existence, la société de classes a beaucoup évolué. A présent, le capitalisme ne s’appuie plus sur l’oppression des femmes de la même façon qu’au temps de la Rome antique. Grâce à leur entrée massive dans le monde du travail – en particulier pendant et après la Seconde Guerre mondiale, dans les pays capitalistes avancés –, les femmes ont commencé à jouer un rôle économique important. Ce fut un important levier de négociation pour gagner des droits démocratiques. Rappelons qu’en France, il a fallu attendre 1965 pour qu’une femme puisse ouvrir un compte en banque à son nom ou travailler sans autorisation explicite de son mari. Ce processus a eu un caractère progressiste indéniable.
Ceci dit, le capitalisme continue de s’appuyer – économiquement – sur l’oppression des femmes. Exploitées au travail, les femmes sont toujours soumises à l’esclavage domestique, comme nous l’avons rappelé. C’est ce qu’on appelle la « double journée de travail ». Cela profite aux capitalistes, qui économisent ainsi une partie des « frais d’entretien » de la classe ouvrière. Ce travail gratuit des femmes est indispensable au bon fonctionnement du système. Après sa journée de travail, un salarié doit se nourrir, laver ses vêtements et se reposer, afin de pouvoir retourner travailler le lendemain. De même, il faut élever les enfants, c’est-à-dire la prochaine génération de travailleurs. Au lieu de financer les services publics correspondants (laveries, cantines et garderies publiques, etc.), les capitalistes se reposent sur le travail gratuit des femmes.
Outre son rôle économique, le sexisme a bien d’autres avantages pour la classe dirigeante. Ce n’est pas un hasard si les droits des femmes et des minorités sont attaqués dans la période actuelle. Depuis 15 ans, nombre de travailleurs ont vu leurs conditions de vie se dégrader, alors qu’une poignée de milliardaires n’a cessé d’accroître sa fortune. Cette « accumulation de richesse à un pôle » et cette « égale accumulation de pauvreté, de souffrance, d’ignorance, d’abrutissement, de dégradation morale, d’esclavage, au pôle opposé », comme l’écrivait Marx, nourrissent un sentiment de colère croissant dans des couches de plus en plus larges de la population.
Alors, pour faire diversion, la classe dirigeante n’hésite pas à puiser dans l’arsenal des grands « sujets de société » censés animer le débat public : immigration, sécurité, laïcité, questions de genre – en laissant libre court aux idées les plus réactionnaires possibles. Tout est bon à prendre, tant que les questions économiques fondamentales sont éclipsées.
Les immigrés, les musulmans, les trans et les femmes deviennent autant de boucs émissaires. Toutes sortes de préjugés sont véhiculés et entretenus dans les médias contrôlés par la bourgeoisie, qui cherche à cacher sa propre responsabilité dans la crise économique et sociale. En même temps, la classe dirigeante affaiblit la classe ouvrière en y semant les graines de la division. En montant des groupes de travailleurs les uns contre les autres, elle les détourne de l’idée qu’ils ont tous intérêt à la renverser ! C’est la tactique bien connue du « diviser pour mieux régner ».
L’impasse des « politiques identitaires »
Ces tactiques de division et de diversion doivent être fermement combattues – qu’elles viennent de la droite ou de « la gauche ». Les « politiques identitaires » en font partie. Au lieu d’unifier tous les opprimés dans une lutte commune contre le capitalisme, elles fragmentent la classe ouvrière en une multiplicité de groupes distincts, selon des critères de genre, d’origine, d’orientation sexuelle, de couleur de peau, etc.
Bien sûr, ces différences existent et peuvent se combiner les unes avec les autres. Le marxisme ne nie pas ce fait élémentaire. Nous luttons fermement contre toutes les formes d’oppression. Cependant, nous rejetons tout aussi fermement l’idée absurde et réactionnaire selon laquelle ceux qui ne subissent pas telle oppression particulière sont des « privilégiés » – autrement dit, en bénéficient.
Par exemple, les hommes ne bénéficient pas des inégalités salariales qui frappent les femmes. Au contraire, ces inégalités exercent une pression à la baisse sur l’ensemble des salaires. C’est un moyen de pression utilisé par les patrons pour imposer un nivellement par le bas, en mettant les travailleurs en compétition les uns avec les autres. Inversement, chaque victoire partielle dans la lutte contre le sexisme bénéficie à toute la classe ouvrière. Par exemple, les lois encadrant les conditions de travail des femmes, arrachées par des grèves combatives aux XIXe et XXe siècles, ont mis fin à des conditions d’exploitation atroces et ont contribué à l’encadrement des conditions de travail de tous les travailleurs.
D’autre part, l’idée selon laquelle les hommes bénéficieraient de l’oppression des femmes mène fatalement à des conclusions pessimistes, car les hommes auraient alors tout intérêt à perpétuer cette oppression. Une lutte commune contre le sexisme serait impossible – et même indésirable, au fond, car les opprimés ne peuvent lutter aux côtés de ceux qui les oppriment ! Lorsque cette idée absurde est appliquée au sein du mouvement ouvrier, elle mène à des politiques complètement réactionnaires.
Les organisations féministes défendent souvent la revendication d’une « grève féministe », qui appelle toutes les femmes à se mettre en grève, sur leurs lieux de travail et dans le foyer. C’est un slogan qui trouve un large écho au-delà de ces organisations, car il est associé à la lutte pour les droits des femmes. Mais en réalité ce slogan sème la confusion sur le rôle des hommes dans la lutte contre l’oppression des femmes. Au mieux, les hommes sont cantonnés au rôle d’« alliés » qui sont « invités » à participer à la grève, s’ils le souhaitent. Au pire, il est attendu d’eux qu’ils continuent de travailler, voire qu’ils remplacent les femmes – c’est-à-dire qu’ils jouent le rôle de briseurs de grève ! Au lieu de renforcer la lutte des femmes, cette approche l’affaiblit. Les hommes de la classe ouvrière doivent participer pleinement, y compris par la grève, à tout mouvement de lutte pour l’émancipation des femmes.
Il en va de même avec la « discrimination positive », qui met en compétition les travailleurs les uns avec les autres, et sème la division en nourrissant le ressentiment des hommes envers les femmes, alors que le mouvement ouvrier devrait défendre de bons emplois pour toutes et tous. Bien souvent, cette idée est défendue par des éléments petits-bourgeois qui cherchent à faire avancer leur propre carrière. Le système des quotas est aussi utilisé par les bureaucraties politiques et syndicales lorsqu’elles veulent écarter des militants de l’aile gauche sans avoir à mener le débat sur le terrain des idées.
L’hypocrisie des libéraux
Aujourd’hui, l’impasse des politiques identitaires est de plus en plus évidente. La réélection de Donald Trump devrait servir de leçon. Kamala Harris, la candidate du Parti Démocrate, a basé l’essentiel de sa campagne sur le fait qu’en tant que femme noire, elle allait protéger les intérêts des minorités contre les attaques des Républicains. Pourtant, c’est sur Trump que s’est portée une majorité des voix des femmes blanches et des hommes latinos, malgré ses discours ouvertement sexistes et racistes. Comment l’expliquer ?
L’expérience des mandats d’Obama (2008-2016) et de Biden (2020-2024) a été riche d’enseignements sur la véritable nature des politiques identitaires, dans les faits. Biden a pleinement soutenu Netanyahou dans sa guerre génocidaire contre les Gazaouis. Obama a expulsé plus d’immigrés que Trump lors de son premier mandat. La façade « progressiste » des Démocrates n’a pas tenu le coup face à la réalité.
L’hypocrisie de l’aile libérale de la bourgeoisie est flagrante. Elle se présente comme la grande championne des droits des femmes, mais ne fait rien de concret pour les protéger. Elle n’évoque ces droits qu’à des fins purement électorales, en appelant à la soutenir pour éviter de plus grands reculs.
Elle limite la lutte contre les oppressions à des mesures purement symboliques, qui n’ont aucun impact réel. En France, Macron prétend avoir protégé à tout jamais le droit à l’avortement en inscrivant dans la Constitution « la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse ». La belle affaire ! Cela ne résout pas le principal obstacle auquel se heurtent les femmes françaises : la difficulté de l’accès effectif à l’IVG. Concrètement, rien n’est fait pour combattre les déserts médicaux, ni pour abolir la clause de conscience des médecins, ni pour allonger la durée maximum pour avoir recours à un avortement (14 semaines à ce jour). C’est normal, puisque cela impliquerait des investissements massifs dans la santé publique, soit l’exact contraire de la politique austéritaire du gouvernement.
Nous ne devons accorder aucune confiance aux politiciens bourgeois qui prétendent défendre les droits des femmes. Les gouvernements de droite comme ceux « de gauche » (François Hollande, etc.) ont appliqué les mêmes politiques d’austérité qui frappent durement les femmes. La seule différence est le vernis progressiste dans lequel « la gauche » tente d’enrober ses politiques réactionnaires. Pour le reste, ils se rejoignent sur l’essentiel : la défense des intérêts de la bourgeoisie et de ses profits.
Une question de classe
Nous nous opposons aux politiques identitaires et, de façon générale, à toutes les théories qui divisent les travailleurs et les travailleuses en deux camps aux intérêts opposés. Il n’est pas vrai que toutes les femmes partagent les mêmes intérêts. Les rapports de classe – qui opposent la classe ouvrière (possédant uniquement sa force de travail) et la bourgeoisie (propriétaire des moyens de production) – constituent la division la plus fondamentale dans la société capitaliste.
La bourgeoisie exploite à la fois les hommes et les femmes de la classe ouvrière, qui partagent donc les mêmes intérêts fondamentaux. Pour mettre fin à cette exploitation, ils et elles devront prendre le contrôle de la société, dont ils créent déjà toutes les richesses. Nous défendons la nécessité de l’unité complète de la classe ouvrière, sans laquelle une lutte d’ampleur contre le capitalisme ne pourra pas être victorieuse.
Cette unité doit être réalisée dans la pratique, pas seulement dans les mots. Chaque fois qu’un groupe de travailleurs est attaqué, le mouvement ouvrier doit riposter, suivant le principe : « une attaque contre un est une attaque contre tous ! » Cela inclut une lutte implacable contre les préjugés sexistes au sein du mouvement ouvrier lui-même. Il n’est pas question ici de leçons de morale abstraites, mais d’expliquer aux travailleurs que le sexisme nuit à leurs intérêts objectifs, car il contribue à tenir à l’écart des luttes les travailleuses et à affaiblir le rapport de force face aux patrons. C’est d’ailleurs à travers l’expérience d’une lutte unie, contre un ennemi commun, que bon nombre de préjugés seront dissipés.
Notre programme
Dès maintenant, nous devons lutter pour toute mesure permettant d’améliorer les conditions de vie des femmes. Chaque avancée dans ce sens permettra de renforcer l’unité de notre classe. Comme l’explique notre programme, nous luttons « pour l’application stricte du principe “à travail égal, salaire égal”, pour une augmentation massive des budgets des maternités et des services publics de la petite enfance (crèches, garderies, centres aérés, etc.), pour un accès gratuit à la contraception, pour l’abrogation de la clause de conscience en matière d’IVG, pour le financement massif et l’amélioration de la prise en charge des victimes des violences domestiques et sexuelles, et pour toute autre mesure permettant d’alléger le double fardeau qui pèse sur les femmes de notre classe. »
Contrairement à un préjugé tenace, les communistes révolutionnaires ne renvoient pas la lutte contre l’oppression des femmes au lendemain de la révolution socialiste. Cette idée absurde découle des trahisons du stalinisme. Cherchant à faire de la famille un pilier de stabilité du régime bureaucratique, Staline revint en arrière sur toute une série de mesures progressistes adoptées par les bolcheviks entre 1917 et 1923 – comme le droit à l’avortement, acquis en 1920, mais abrogé en 1936. Ces politiques furent ensuite « théorisées » et devinrent la ligne officielle des partis communistes à travers le monde. Le programme du marxisme authentique n’a rien à voir avec ces politiques réactionnaires. Nous devons nous attaquer dès aujourd’hui aux problèmes les plus pressants des femmes. Les communistes révolutionnaires doivent être en première ligne de toutes les luttes contre leur oppression.
Ceci dit, nous ne pouvons nous contenter d’alléger le fardeau qui pèse sur les femmes. Leur émancipation ne pourra pas être pleinement réalisée tant qu’elles resteront esclaves du travail domestique. Il faut investir massivement dans un ensemble d’infrastructures publiques, comme des garderies, des cantines et des laveries gratuites et de qualité, pour diminuer drastiquement le poids des tâches domestiques et les répartir sur l’ensemble de la société. D’autre part, il faut réduire la durée de la journée de travail pour libérer du temps et de l’énergie pour d’autres activités. C’est seulement ainsi que l’on garantira la pleine participation des femmes à la vie politique et sociale.
Comment réaliser ce programme ?
Ce programme est incompatible avec l’organisation actuelle de la société. Aujourd’hui, les capitalistes résistent à la moindre réforme progressiste. Ils mènent une offensive générale contre l’ensemble des conquêtes sociales des dernières décennies. Ils refusent de débourser le moindre centime pour améliorer les conditions de vie des femmes, alors même que des centaines de milliards d’euros dorment dans les coffres-forts des banques. Une conclusion s’impose : si le capitalisme est incapable de garantir une vie décente aux femmes de notre classe, alors il doit être renversé.
En réorganisant l’économie sur des bases socialistes, nous pourrons utiliser les gigantesques ressources de la société pour garantir un logement et un emploi à tous, et pour satisfaire les besoins de l’ensemble de la population. Nous mobiliserons tous les moyens nécessaires pour lutter contre les violences faites aux femmes, et contre tous les stigmates hérités du capitalisme. Sur la base d’une planification démocratique de l’économie, nous pourrons considérablement réduire le temps de travail et socialiser les tâches domestiques.
C’est sur cette nouvelle base matérielle que pourront se développer des relations réellement humaines entre les femmes et les hommes – des relations débarrassées de toute contrainte économique et des pressions de la survie quotidienne. Bien sûr, les préjugés sexistes ne disparaîtront pas immédiatement dans la foulée de la révolution socialiste. Mais en éliminant la base matérielle sur laquelle ils prospèrent aujourd’hui, ils s’effaceront graduellement, jusqu’à ne devenir qu’un lointain souvenir appartenant à l’histoire des sociétés de classes.
Le potentiel révolutionnaire des femmes
Au cours des dernières années, des mouvements de masse ont éclaté dans toute une série de pays. Dans bien des cas, la question de la lutte contre l’oppression des femmes y a occupé une place prépondérante. Au Mexique, des mobilisations massives ont été organisées pour protester contre les violences sexistes. Les mouvements révolutionnaires au Soudan (2019) et en Iran (2022) ont été marqués par une participation importante des femmes, et notamment des étudiantes et des lycéennes.
Ces mouvements inspirants montrent le processus de radicalisation à l’œuvre dans les couches les plus exploitées de la société. D’ordinaire, celles-ci sont tenues à l’écart de la politique, et mille obstacles compliquent leur participation à la vie sociale. Mais lorsqu’elles comprennent que le capitalisme n’a plus rien à leur offrir, elles se dressent pour secouer l’ordre établi et font preuve d’une combativité remarquable.
Les femmes ont toujours joué un rôle majeur dans les révolutions, par exemple au cours de la Révolution française de 1789-94 ou dans la Russie de 1917. Aujourd’hui, il existe un potentiel révolutionnaire énorme encore inépuisé. Nous avons donc toutes les raisons d’être optimistes.
Le système capitaliste a démontré son incapacité totale à garantir aux femmes des conditions d’existence civilisées – sans parler de faire progresser l’humanité. La situation est plus que mûre pour renverser ce système pourrissant, qui menace de nous entraîner dans la barbarie. La lutte pour l’émancipation des femmes est indissociable de la lutte pour la révolution socialiste, pour une société sans classes et sans Etat – une société communiste. Pour participer à cette lutte, la lutte pour la libération de l’humanité, rejoignez-nous !