Source: Institut national et lycée professionnel de la boulangerie-patisserie par zigazou76, Flickr ; Emmanuel Macron par EU2017EE, Flickr

Le rôle fondamental des lycées professionnels est de former des travailleurs qualifiés afin de répondre aux besoins du capitalisme français. Mais la classe dirigeante est prise dans un paradoxe insoluble : d’un côté, il est dans son intérêt de former correctement cette main-d’œuvre ; de l’autre, la crise du système capitaliste la pousse à enchaîner les politiques d’austérité – et donc à démanteler l’ensemble des services publics.

Dans la voie professionnelle, la formation des élèves et des apprentis n’a cessé de se dégrader au fil des années, sur fond de crise générale de l’école publique. Le gouvernement patauge et met en place des mesures de plus en plus absurdes en cherchant à concilier coupes budgétaires et maintien d’un niveau minimal de formation. Le « parcours en Y », mis à l’essai en mai 2025, était une de ces « trouvailles ».

Un échec cuisant

Résumons les grandes étapes de cette réforme édifiante [1] : en 2025, le gouvernement annonçait la mise en place de ce « parcours », qui impliquait d’avancer au mois de mai la plupart des épreuves du baccalauréat professionnel – au lieu de fin juin. Après quoi, la scolarité de l’élève de Terminale devait bifurquer : il pouvait, au choix, rester au lycée et suivre des cours censés lui garantir le niveau nécessaire à une poursuite d’études, ou repartir en entreprise, pour toucher une petite rémunération (les stages des élèves de « bac pro » étant rémunérés depuis 2023). Dans les deux cas, l’élève devait revenir au lycée en fin d’année pour passer ses derniers examens, après une déscolarisation de plusieurs semaines pour ceux qui auraient choisi de partir en entreprise.

Voilà pour la théorie. En pratique, la première édition du « parcours en Y » avait été un fiasco à tous les niveaux : sur le plan administratif, cette nouvelle réforme avait entraîné confusion et désorganisation. Dans les classes, de nombreux enseignants se sont retrouvés devant de minuscules groupes d’élèves, à devoir improviser (avec les moyens du bord) un cours censé assurer « le niveau » à ces élèves qui allaient tous poursuivre des voies très différentes dans l’enseignement supérieur : BTS, licence… si tant est qu’ils aient effectivement fini par poursuivre des études. Entre la difficulté à trouver des stages, et le manque de formation théorique, qui renforce le risque de décrochage une fois dans les études supérieures, le chemin des élèves de baccalauréat professionnel est semé d’embûches avant et après le bac. Dans ces conditions, on pouvait imaginer le manque de motivation réelle des élèves restant en classe pour le « parcours en Y » – on les comprend !

Lutter contre l’austérité

A l’époque, l’échec avéré de cette mesure n’avait pas suffi à décourager le gouvernement : fin août, le ministère de l’Education nationale confirmait sa volonté de renouveler pour l’année scolaire 2025-2026 le « parcours en Y », moyennant quelques aménagements cosmétiques. Mais pour Macron et Lecornu, que de chemin parcouru depuis l’été ! En effet, ces derniers mois, la situation a évolué significativement : fin décembre dernier, pendant les vacances scolaires, le ministère annonçait discrètement que la session 2027 du baccalauréat professionnel aurait lieu mi-juin, « pour mieux accompagner les élèves » ; par la suite, en janvier, les syndicats ont été reçus pour échanger autour de l’avenir du « parcours en Y » ; finalement, le 17 février, le ministère de l’Education nationale s’est fendu d’un énième rétropédalage quant à ce « parcours »… cette fois carrément abandonné ! Dans Les Echos, le ministre lui-même a dû reconnaître que les élèves n’étaient allés « ni en stage ni en cours ».

Les personnels d’éducation – et leurs élèves – n’ont rien à attendre de ce qui sortira du cabinet de curiosités du ministère, dont le rôle est de gérer l’austérité en appliquant les coupes budgétaires dont les capitalistes français ont besoin pour préserver leurs profits. Pour « reconstruire un lycée professionnel au service des élèves et véritablement émancipateur », selon la formule de la CGT Educ’action, il faut commencer par lutter sérieusement contre l’austérité en balayant toutes les contre-réformes précédentes. Cela implique d’organiser sérieusement la lutte contre Macron, son gouvernement, et l’ensemble du système capitaliste.


[1] Voir notre article «  La voie professionnelle sacrifiée sur l’autel de l’austérité », octobre 2025, sur marxiste.org

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