Mercredi 8 avril, le président américain Donald Trump annonçait un cessez-le-feu avec l’Iran et affirmait que cela marquait pour les Etats-Unis une « victoire totale et complète. A 100%. Aucun doute possible. » En réalité, il est évident pour tous les observateurs doués de raison qu’il s’agit d’une défaite profonde et humiliante pour l’impérialisme américain.
Humiliation
En plus d’un mois de guerre, les Etats-Unis ont été incapables d’accomplir un seul des objectifs qu’ils s’étaient fixés au début de la guerre.
Malgré l’assassinat de nombreux dirigeants iraniens, le régime de Téhéran n’a pas été renversé. Tout indique qu’il dispose même d’un soutien populaire plus important qu’avant la guerre. Les crimes abominables commis par les Américains et les Israéliens, comme la mort de 175 enfants dans un tir de missile américain à Minab le 28 février, ont mis à nu toute l’hypocrisie des discours de Washington sur la « libération » du peuple iranien. Face à ces frappes barbares, une bonne partie de la population s’est rangée derrière le régime, ne serait-ce que provisoirement.
Les Etats-Unis ont aussi dû reconnaître que le programme nucléaire iranien, qu’ils prétendaient avoir annihilé durant la guerre de juin 2025, avait en réalité survécu et que l’Iran disposait toujours de capacités d’enrichissement et d’un stock important d’uranium enrichi.
Enfin, les capacités militaires de l’Iran ont largement résisté aux frappes israéliennes et américaines. A court de munitions pour leur défense antimissile, les impérialistes ont été incapables d'empêcher les représailles iraniennes de frapper Israël, les pays du Golfe et les intérêts américains dans la région, tout comme ils ont été incapables d'empêcher le blocage du détroit d’Ormuz, qui a fait vaciller une économie mondiale déjà au bord du gouffre.
Aux Etats-Unis même, la guerre a mis à nu toutes les contradictions qui déchirent le mouvement trumpiste. Donald Trump s’était fait élire en 2024 en promettant de lutter contre la corruption de l’establishment, de redresser l’économie et de mettre fin aux « guerres éternelles ». Il est aujourd’hui profondément englué dans le scandale autour du financier pédophile Jeffrey Epstein, au point que 52% des américains pensent qu'il n'a déclenché la guerre contre l'Iran que pour en détourner l’attention !
Depuis son élection, Trump a mené une succession ininterrompue d’aventures militaires et de gesticulations guerrières à l’étranger : menaces contre le Panama, le Canada, le Mexique, le Groenland, etc ; frappes aériennes au Yémen et dans les Caraïbes ; enlèvement du président Maduro au Venezuela. En attaquant l’Iran, il a plongé les Etats-Unis dans un nouveau bourbier militaire au Moyen-Orient.
Très impopulaire dès son déclenchement, cette guerre a aussi eu des retombées économiques qui menacent le niveau de vie de millions de travailleurs américains. Les prix à la consommation ont augmenté de 0,9 % au mois de mars et d’après l’OCDE, l’inflation aux Etats-Unis pourrait atteindre 4,2 % cette année du fait de la guerre au Moyen-Orient, contre 2,5 % en 2025. Plusieurs porte-voix importants du mouvement MAGA (Make America Great Again) ont publiquement condamné le déclenchement de la guerre. L’influenceuse Candace Owens a même appelé à « mettre Papi [Donald Trump] en maison de retraite. »
S’étant placés eux-mêmes le dos au mur, les dirigeants américains ont finalement été obligés de négocier avec l’Iran, dont Donald Trump prétendait que « la civilisation [allait] mourir » à peine quelques heures auparavant.
Les manœuvres de Netanyahou
L’annonce de ce cessez-le-feu était une catastrophe pour Benyamin Netanyahou et pour la classe dirigeante israélienne.
L’Iran est la seule puissance régionale actuellement capable de contester la suprématie militaire d’Israël au Moyen-Orient. Sa destruction en tant que puissance régionale – voire même en tant que nation – est donc un objectif de long terme de la stratégie de l’Etat sioniste. La guerre déclenchée le 28 février marquait l’aboutissement des manœuvres menées par Netanyahou depuis des années (voire des décennies) pour entraîner les Etats-Unis dans une guerre de grande ampleur visant à détruire l’Iran.
Netanyahou fait donc aujourd’hui tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher que la guerre ne s'arrête. Mercredi après-midi, quelques heures à peine après l’annonce du cessez-le-feu, l’aviation israélienne a brutalement bombardé Beyrouth, faisant plus de 300 morts. Depuis, des bombardements israéliens réguliers continuent à frapper des villes libanaises. L’armée israélienne a même menacé de s’en prendre aux ambulances et aux hôpitaux libanais, en prétendant qu’ils dissimuleraient des manœuvres du Hezbollah...
Pour ne pas risquer de se couper de son allié israélien, qui représente le dernier point d’appui solide de l’impérialisme américain au Moyen-Orient, Trump a ensuite prétendu que le Liban était une « escarmouche distincte » de la guerre contre l’Iran et qu’il était donc « normal » que la guerre y continue.
Cela a provoqué la colère des dirigeants pakistanais, qui ont souligné que le cessez-le-feu négocié par leur intermédiaire était bel et bien sensé s’appliquer à toute la région, Liban compris. Plusieurs dirigeants iraniens ont annoncé que, tant que les bombardements israéliens sur le Liban dureront, leur pays ne participerait pas aux négociations prévues à Islamabad en vue d’un traité de paix définitif avec les Etats-Unis et que le détroit d’Ormuz resterait fermé…
La guerre et l’économie mondiale
Quelle que soit la suite des événements, cette guerre a mis à nu l’ampleur du déclin relatif des Etats-Unis. S’ils restent la première puissance économique et militaire mondiale, ils ne sont plus tout-puissants comme ils l’étaient dans les années 1990 et 2000. Une puissance régionale comme l’Iran peut même, dans certaines conditions, les mettre en échec. Les rivaux des Etats-Unis, la Chine et la Russie, ont pris note de ce fait, tout comme leurs alliés. Les pays du Golfe, en particulier, ont été entraînés par les Américains dans une guerre dont ils ne voulaient pas, avant d'être abandonnés face aux représailles de Téhéran. L’alliance avec les Etats-Unis était autrefois une garantie de protection. Elle apparaît aujourd’hui comme une source de problèmes.
Que la guerre continue ou pas, ses conséquences économiques pèseront lourd sur la classe ouvrière de tous les pays. Même si le détroit d’Ormuz était totalement rouvert aujourd’hui, il faudrait un long moment pour restaurer les filières de production et d’exportation de gaz, de pétrole, d'hélium ou encore d’engrais. Les prix resteront donc très élevés, sapant le niveau de vie des masses partout dans le monde et faisant planer le spectre d’une gigantesque famine dans de nombreux pays, notamment en Asie. Enfin, cette guerre n’est qu’une des crises qui opposent entre elles les puissances impérialistes, directement ou à travers d’autres pays. Sous le coup des tensions impérialistes ou sous le poids de ses propres contradictions, l’économie mondiale vacillante pourrait s’effondrer à n’importe quel moment, provoquant une avalanche de faillites et de licenciements massifs.
Partout dans le monde, les capitalistes vont chercher à faire peser le fardeau de la guerre et de la crise sur les épaules des travailleurs. Pour défendre leurs profits et financer leurs guerres impérialistes, ils imposent des politiques d'austérité et aggravent l’exploitation des travailleurs.
Comme l’écrivait Rosa Luxembourg il y a près d’un siècle, le choix qui s’offre aux travailleurs et aux jeunes de tous les pays est simple : socialisme ou barbarie !

