Depuis le samedi 18 avril, les salariés du cinéma le plus fréquenté du monde, l’UGC Ciné Cité Les Halles, à Paris, sont en grève reconductible. Ils revendiquent une augmentation générale des salaires, une prime de pénibilité, la valorisation de l’ancienneté, des effectifs suffisants et une amélioration réelle de leurs conditions de travail. Nous nous sommes rendus sur leur piquet de grève, où nous avons pu échanger avec Charles, salarié depuis 4 ans.

Dégradation des conditions de travail

Charles décrit une dégradation continue des conditions de travail, marquée par un sous-effectif chronique qui pèse toujours plus lourdement sur les équipes : « Au début, on se dit que c’est le meilleur job du monde. Mais dès mes premiers jours aux Halles, je me suis dit que je ne tiendrais peut-être pas très longtemps vu le rythme de travail. D’année en année, on est de plus en plus en sous-effectif. La semaine dernière encore, une collègue s’est retrouvée seule à l’accueil du cinéma pendant des heures ; elle a terminé en larmes. » 

Il insiste également sur la pénibilité concrète du travail : « Horaires décalés et irréguliers, sur une amplitude de 8h15 à 0h30, sept jours sur sept, en sous-sol, sans lumière naturelle. On n’a pas de congés pendant les vacances scolaires ni à Noël. On est obligés de rester debout pendant tout le service. On porte des charges lourdes pour réapprovisionner les stands de confiserie. On doit nettoyer de grandes salles en quelques minutes entre les séances, avec parfois plus de 12 000 spectateurs sur une journée… »

À cette situation dégradée s’est ajouté un problème important : plusieurs salariés ont été confrontés à des infestations de punaises de lit à leur domicile. La direction refuse d’assumer ses responsabilités : « Ils nous disent que rien ne prouve qu’on les a attrapées ici alors que c’est certain, un cinéma est un environnement à risque. Ils refusent de nous indemniser. »

Les salariés doivent en outre faire face à des agressions verbales, parfois physiques, souvent racistes ou sexistes. Face à ces situations, ils demandent à la direction de trouver des solutions. La réponse apportée par celle-ci en dit long sur le mépris dont elle fait preuve : « La seule chose qu’on nous dit, c’est d’aller prendre l’air cinq minutes. » 

Le contraste est révoltant : alors que ce multiplexe de vingt-sept salles a accueilli 2,6 millions de spectateurs en 2025, que le plein tarif atteint 15,90 euros et que les prix de la confiserie flambent, les conditions de travail se dégradent et les salariés sont méprisés ; dans le même temps, la qualité des salles n’évolue pas et l’offre culturelle tend à s’appauvrir. Et pendant que tout se détériore pour les travailleurs comme pour les spectateurs, Vincent Bolloré, via Canal+, poursuit l’extension de son empire en détenant déjà 34 % d’UGC, avec une prise de contrôle totale prévue d’ici 2028.

Grève reconductible

Face à cette accumulation de colère, les salariés ont d’abord organisé deux premières journées de grève, le 1er décembre et le 20 mars, avant de tirer la conclusion que seule une grève reconductible pouvait permettre d’instaurer un rapport de force suffisant pour gagner.

Loin d’écouter les agents qui font tourner son établissement, la direction s’acharne à tenter de casser le mouvement. Elle embauche à la dernière minute des agents en CDD courts pour tenter de briser la grève, pendant que le groupe UGC cherche à diviser ses salariés : « ils expliquent aux salariés des autres cinémas que nous, travailleurs de l’UGC des Halles, nous sommes des privilégiés ». Lors d’une réunion avec le numéro 2 du groupe, Samuel Loiseau, les salariés se sont heurtés à un mur : « Ce n’était pas pour négocier. Il nous a juste dit qu’aucune revendication ne serait acceptée et que, si ce site ne nous correspondait pas, il fallait partir dans un autre cinéma. »

Pour faire plier la direction, les salariés devront tenir dans la durée et étendre la grève à d’autres cinémas. Avec l’appui de la CGT Spectacles, qui les aide à s’organiser, une caisse de grève a été mise en place. Nous appelons tous nos lecteurs à y contribuer. La grève des salariés de l’UGC des Halles mérite le soutien le plus large. Sans eux, pas de cinéma !

Tu es communiste ? Rejoins-nous !

Un membre du PCR s'implique directement dans le travail du parti. Cela signifie recruter d'autres communistes et les organiser dans des cellules communistes, tout en étudiant la théorie marxiste et en diffusant les idées communistes dans le mouvement. Le parti fournira des ressources politiques, des conseils et des outils pour t'aider dans cette activité.

Un soutien du PCR contribue à la construction du parti en payant une cotisation mensuelle, et n'est pas obligé de participer activement au travail quotidien du parti. Tu recevras un abonnement PDF au journal mensuel du parti, Révolution.

Nous sommes entièrement autofinancés. L'argent récolté nous permet de financer nos locaux, de développer notre maison d'édition et notre journal, d'imprimer des affiches et des tracts. En mettant en place une cotisation mensuelle, tu nous aideras à construire un authentique Parti Communiste Révolutionnaire !