Le budget 2026 aggrave la situation des universités, en leur faisant supporter plus de 400 millions d’euros de charges supplémentaires (hausse du coût de l’énergie, augmentation des loyers…). En 2025, elles avaient déjà subi plus d’un milliard de coupes budgétaires. Résultat : la quasi-totalité des universités françaises ont commencé l’année en déficit. Nous nous sommes penchés sur le cas de l’Université Toulouse Jean-Jaurès, où, pour équilibrer le budget, la présidence attaque les filières ainsi que les conditions de travail et d’étude.
L'impact des coupes budgétaires
Fin février dernier, tous les départements de l’université ont vu leurs dotations chuter : de 30 % en psychologie jusqu’à 80 % en anthropologie. Cette diminution des enveloppes touche en premier lieu le personnel. Par exemple, lors de la campagne d’emploi d’octobre 2025, le personnel a appris que 7 des 13 postes d’enseignant-chercheur en psychologie étaient menacés, ou encore que 13 des 15 postes attribués à des enseignants de lycées intervenant sur l’université étaient gelés.
La suppression de ces emplois, couplée à la baisse des enveloppes d’heures de TD, a un impact direct sur les conditions d’études. Faute d'enseignants titulaires et de budget suffisant pour les vacataires, ce sont des milliers d’heures d’enseignement qui disparaissent. La solution proposée par la direction aux étudiants, en février dernier, consistait à suivre des cours en autonomie… c’est-à-dire sans professeur !
La suppression des heures de cours sature les TD et réduit les capacités d’accueil. Elle renforce ainsi la sélection sur Parcoursup et Mon Master, laissant de nombreux étudiants sur le carreau. La sélection accentue la privatisation progressive de l’université, via des formations devenues payantes – comme en sciences du langage, par exemple.
En psychologie, 150 places en licence et deux masters sont menacées à la rentrée prochaine. Chaque année, des formations sont mises en sursis, à l’image du master AGAPES (santé/handicap), sauvé in extremis en 2024, ou de la filière langue des signes, aujourd’hui en péril faute d’un poste de maître de conférences pourtant promis.
Dans certains cas, les coupes budgétaires signifient tout simplement l’arrêt des activités. Privé de subventions, l’Institut Régional du Travail d’Occitanie (IRT), dédié à la formation des syndicalistes et bénévoles associatifs ainsi qu’à la recherche en sciences humaines et sociales du travail, ne pourra pas renouveler deux des trois contrats composant l’effectif de la structure, et se retrouvera dans l’impossibilité de fonctionner.
Le personnel administratif fait également les frais de cette politique. Le non-renouvellement de nombreux postes et l'impossibilité de remplacer un matériel déjà vétuste aggravent une situation déjà critique : retards dans les inscriptions, versements de bourses bloqués, rattrapages supprimés ou “bug informatique” menant à des modifications de notes... La Bibliothèque Universitaire Centrale (BUC) se voit même contrainte de geler ses commandes d'ouvrages numériques pendant deux ans.
Défendre l'université publique
En octobre, plus de 300 personnels et enseignants, soutenus par les étudiants, ont voté deux journées de grève. Ce mouvement s’est lié à celui des enseignants de l’INSPE Toulouse, eux aussi touchés par des coupes budgétaires. Le 14 avril dernier, la présidence a fait appel à la police pour réprimer un rassemblement d’étudiants contre l’austérité à l’université.
Cette répression a suscité une tribune d’enseignants de l’université, en soutien aux étudiants et appelant à se rassembler en AG. C’est dans ce sens que la lutte doit se poursuivre : le mouvement des étudiants doit se lier à celui des enseignants.
En définitive, la lutte pour défendre l’université publique implique une lutte massive et unitaire de la classe ouvrière contre l’ensemble des politiques austéritaires du gouvernement. Le rôle des directions politiques et syndicales du mouvement ouvrier devrait être d’expliquer la nécessité d’une telle lutte – puis de la préparer et la coordonner.

