Le 19 mai, après 78 jours de grève et d’occupation de leur lieu de travail, les 9 coiffeuses et les 4 barbiers du salon de coiffure Sabadou & Jade, situé au 65 boulevard de Strasbourg à Paris, ont arraché une grande victoire : l’obtention de titres de séjour pour les 9 grévistes qui étaient en situation irrégulière.
« Patron voleur ! »
Le propriétaire du salon profitait de leur statut depuis plusieurs années pour se livrer à une exploitation brutale et cynique. Certains salaires n’étaient plus versés depuis six mois. Les journées duraient de 8 h à 23 h, mais toutes les heures effectuées n’étaient pas payées. Les fiches de paie étaient trafiquées, ce qui exposait les employés au risque d’une OQTF (Obligation de quitter le territoire français) s’ils s’en étaient servis pour essayer d’être régularisés. Comble du cynisme : le propriétaire du salon conditionnait la remise des fiches de paie au paiement de « frais de dossier » fictifs de 250 euros par mois, prétendument pour aider à leur régularisation !
Les salariés étaient exposés à des produits toxiques ne respectant pas les normes européennes, sans que le salon ne mette à disposition de matériel de protection. Leurs transports n’étaient pas défrayés et ils n’avaient ni congés payés ni congés maternité. L’une des salariées a dû continuer à travailler jusqu’à la fin de sa grossesse ! « On ne va plus nous traiter comme des esclaves », a-t-elle lancé à France Info après avoir appris sa régularisation ainsi que celle de son mari, également employé du salon.
Le propriétaire des lieux était parfaitement conscient de ces conditions de travail, puisqu’il passait régulièrement lors de la pause déjeuner et se permettait même de manger dans les plats des salariés en expliquant qu’ils étaient « comme une famille ». Cela ne l’a pas empêché de tenter d’intimider les grévistes et d’essayer de placer l’entreprise en liquidation afin de mettre fin à la lutte. Cela lui a toutefois été refusé, car il était endetté de 60 000 euros envers l’URSSAF.
Les grévistes se sont fait entendre en manifestant devant leur lieu de travail et une banderole portant l’inscription « Patron escroc, paye les salaires !!! » avait été affichée au-dessus de l’entrée du salon. Le piquet de grève était tenu jour et nuit par au moins deux personnes qui se relayaient et qui dormaient sur place. Grâce à la détermination sans faille des salariés et à la mobilisation de la CGT, la régularisation a finalement été arrachée, car la justice a dû reconnaître qu’il existait un « soupçon de traite d’êtres humains ».
Solidarité de classe !
Le cas des « coiffeuses du 65 » n’est pas isolé. Entre mai 2014 et avril 2015, la « grève des coiffeuses du 57 » (au 57 boulevard de Strasbourg) avait déjà mobilisé 18 salariées (dont 14 sans-papiers) qui avaient, elles aussi, occupé leur salon de coiffure et déposé une plainte pour « traite d’êtres humains ». En novembre 2016, les gérants du salon avaient été condamnés, et un procès-verbal de l’inspection du travail avait fait état d’une « traite des êtres humains » par un réseau constitué. Mais la justice n’avait pourtant pas retenu cette qualification, pour ne pas devoir régulariser les grévistes et ainsi encourager la lutte des sans-papiers. Il avait donc fallu encore près d’un an aux coiffeuses du 57 pour obtenir des titres de séjour. Cette fois-ci, les coiffeuses du 65 ont arraché cette victoire au bout de trois mois !
Tandis que la bourgeoisie amplifie sa campagne raciste contre les immigrés pour en faire les boucs émissaires de tous les maux de la société, le patronat profite de leur situation ultra-précaire pour les surexploiter. La grève des coiffeuses du 65 montre que la solidarité de classe et la lutte paient. Elle est un exemple qui doit être reproduit à grande échelle : les grandes confédérations syndicales doivent lancer une vaste campagne de syndicalisation des sans-papiers et de lutte pour leur régularisation. Cela renforcerait puissamment le mouvement ouvrier et jetterait les bases d’une large mobilisation unissant travailleurs français et immigrés contre leur ennemi commun : la classe dirigeante française !

