« Nous avons collectivement réussi une vraie révolution culturelle française ces dernières années. C’est celle de l’apprentissage » : ainsi se gargarisait Macron en 2024. La si mal nommée loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel », adoptée le 5 septembre 2018, a ouvert la voie à une augmentation massive du nombre d’apprentis. Ils étaient 1,02 million fin 2025, contre 429 900 en 2017. A ce jour, 8,5 % des 16-29 ans sont en contrat d’apprentissage.
En réalité, derrière le discours sur la « formation professionnelle » se cache une précarisation massive de la jeunesse, transformée en une main-d’œuvre sous-payée et largement financée par l’argent public – au bénéfice du secteur privé.
Formation ou exploitation ?
Outre l’explosion du nombre d’apprentis, la loi de 2018 a provoqué des mouvements dans la répartition des contrats d’apprentissage selon les différents secteurs. D’après la Direction de la recherche, des études et des statistiques (Dares), 75 % des nouveaux contrats d’apprentissage, en 2024, étaient dans le secteur tertiaire (commerce, services, etc.), contre 60 % en 2017. Dans le même temps, l’industrie ne représentait plus que 13 % des nouveaux contrats, contre 22 % en 2017, et la construction 10 %, contre 16 % il y a dix ans. Depuis la réforme de 2018, le nombre de contrats d’apprentissage dans le commerce a été multiplié par six, pour atteindre 98 745 nouveaux contrats en 2024.
L’hébergement-restauration a connu une hausse de 18 % des entrées entre 2023 et 2024. Selon une étude d’AKTO, un organisme agréé par l’Etat et chargé de financer la formation professionnelle et l’apprentissage, le nombre d’apprentis dans la restauration rapide est passé de 6130 en 2020 à 25 164 en 2024, soit une hausse de 310 %. Cette main-d’œuvre est particulièrement jeune : parmi les apprentis de cette branche en 2024, 91 % avaient moins de 25 ans et 34 % moins de 18 ans.
Ce que révèlent tous ces chiffres, c’est que la loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » est en réalité une vaste manœuvre pour faire des jeunes travailleurs – dont un bon nombre de mineurs – une main-d’œuvre quasi-gratuite et corvéable à merci.
Ruée vers l’or
L’Etat finance l’exploitation de ces jeunes par des quantités massives d’argent public : la loi de 2018 a renforcé les exonérations de cotisations sociales dont bénéficient les entreprises lorsqu’elles embauchent un apprenti. Puis, avec la crise du Covid, de 2020 à 2022, le gouvernement a ajouté une aide exceptionnelle pouvant atteindre 8000 euros par apprenti majeur et 5000 euros par apprenti mineur. Elle a ensuite été fixée à 6000 euros par contrat en 2023 et 2024, avant d’être réduite en 2025 à 5000 euros pour les entreprises de moins de 250 salariés, et à 2000 euros pour les autres.
Selon une étude publiée par l’Office français des conjonctures économiques (OFCE), le coût de l’apprentissage, pour les finances publiques, s’élevait à 24,9 milliards d’euros en 2023 et à 24,6 milliards d’euros en 2024. Autrement dit, près de 40 % du budget de l’Education nationale était utilisé pour financer un système qui permet au patronat d’exploiter brutalement les jeunes salariés !
Au cœur de ce système se trouve le juteux business des centres de formation. La loi de 2018 a permis aux Centres de formation d’apprentis (CFA) d’ouvrir leurs portes sans l’autorisation des Conseils régionaux. De plus, leur financement repose désormais principalement sur le principe du « coût-contrat » : il est indexé sur le nombre de contrats signés. Ces mesures ont provoqué une marchandisation générale de l’apprentissage. Selon « France compétences », un CFA touche en moyenne 7735 euros par an et par contrat d’apprentissage.
L’odeur du profit a fait surgir les vautours de tous bords. Selon le ministère de l’Education nationale (2025), depuis la loi de 2018, le nombre d’établissements accueillant des apprentis a été multiplié par quatre, passant de moins de 950 en 2018 à 3700 en 2024, dont 3115 sont des CFA privés. 83% des apprentis relèvent désormais d’un centre de formation privé.
C’est ainsi qu’Opus Formation, lié à la restauration rapide, a multiplié son résultat net par 10 en quatre ans, comme nous l'expliquons dans notre article sur la lutte des alternants du Burger King d'Epinay-sur-Seine (93). La société Studi, un CFA privé lié au groupe Galileo Global Education, a vu son résultat net passer de 600 000 à 14,8 millions d’euros en trois ans : une multiplication par près de 25 !
Les grandes entreprises elles-mêmes ouvrent leurs propres centres de formation : Carrefour, Sodexo, Décathlon, Accor… Elles captent ainsi l’argent de l’Etat à deux niveaux : pour financer les formations, puis pour le travail en entreprise. Sans compter la plus-value qu’elles extorquent sur le travail de ces jeunes sous-payés, qui font le même travail que n’importe quel salarié en CDI ou en CDD.
Appel à témoignage !
Cette hausse massive des contrats d’apprentissage ne vise pas à apprendre un métier aux jeunes. Ce qu’ils apprennent, c’est surtout l’exploitation capitaliste. De très nombreux jeunes sont contraints d’accepter des contrats extrêmement précaires pour accéder à l’emploi, et peuvent être amenés à les enchaîner pendant plusieurs années.
L’ensemble du mouvement ouvrier doit se saisir sérieusement de cette question et organiser la lutte. C’est pourquoi le Parti communiste révolutionnaire lance une campagne intitulée Balance ton contrat !, afin de recueillir, partout en France, les témoignages de jeunes confrontés à ce système. Nous appelons la gauche et le mouvement syndical à s’emparer de cette campagne et à la relayer.
Au-delà de l’appel à témoignages, cette campagne porte une revendication simple et claire : la requalification de tous les contrats précaires en CDI, avec un salaire au moins égal au SMIC, quel que soit l’âge du salarié. A travail égal, salaire égal !
Si toi aussi tu subis ce type de contrat, ou si tu l’as subi, envoie-nous ton témoignage écrit ou filmé à

