Je suis assistante d’éducation (AED) dans un collège de région parisienne depuis deux ans. Je travaille 32 heures par semaine, auxquelles peuvent s’ajouter des heures supplémentaires. C’est déjà un travail difficile en temps normal, mais avec la canicule, toutes les difficultés se sont brutalement aggravées.
Sous-effectif permanent
Nous sommes en permanence en sous-effectif. Sur le papier, nous sommes en moyenne cinq AED chaque jour pour un collège de 400 élèves. C’est déjà insuffisant, mais avec les absences liées aux périodes de stage de certains collègues ou les arrêts maladie provoqués par la surcharge de travail, on est très souvent trois, parfois seulement deux.
Pour assurer le service minimum sur tous les postes, il faudrait au moins 6 personnes en continu : la vie scolaire, les études, le portail, les couloirs, la cour et les toilettes. Quand on n’est que deux, il faut choisir ce qui ne sera plus surveillé. La vie scolaire peut fermer, mais cela empêche les élèves de justifier leurs absences ou de donner leurs billets de sortie. Si la surveillance des toilettes n’est plus faite correctement, ça favorise les dégradations et alourdit la charge de travail des agents d’entretien. En cas de bagarre ou d’incident dans la cour en l’absence de surveillant, ce sont les élèves qui sont mis en danger.
Une fois, j’ai même dû ouvrir le collège toute seule le matin ! Les CPE avaient pourtant prévenu de leur absence et de celle de mes collègues. Malgré cela, la direction n’est même pas venue m’aider et n’a pris aucune disposition pour régler la situation. C’est clairement un manquement aux exigences de sécurité. Mais ce genre de situation est fréquent dans l’Education nationale, à cause du manque de moyens, et le gouvernement ferme les yeux.
Les classes sont surchargées au point où les enseignants ne peuvent pas capter l’attention de tous les élèves. Ils sont contraints d’exclure des élèves simplement pour pouvoir poursuivre leur cours. Ces élèves exclus arrivent ensuite en étude ou à la vie scolaire, qui sont déjà saturées. Tout retombe sur les AED. Cela alimente les tensions avec les élèves et crée un climat d’agitation et de stress permanent qui favorise les débordements.
La canicule
Malgré les températures extrêmes, notre chef d’établissement a décidé de maintenir le collège ouvert, au nom de la continuité du service public. Les élèves étaient autorisés à sortir des salles de classe pour aller boire. En pratique, cela signifiait des dizaines d’élèves qui circulaient en permanence dans les couloirs, sans qu’on ait les effectifs nécessaires pour les encadrer ou pour contrôler quoi que ce soit.
La chaleur dans les salles d’examen du brevet était étouffante, avec plus de 40 °C dans les étages supérieurs. Le bâtiment est totalement inadapté : une partie du toit est même vitrée, ce qui crée un effet de serre… Un élève et un professeur ont d’ailleurs fait un malaise.
Les réponses apportées ont été dérisoires. Nous avons reçu quelques ventilateurs qui ne faisaient que brasser de l’air chaud. La direction a même envoyé un mail aux familles pour leur demander d’apporter des bouteilles d’eau qu’on devait ensuite congeler afin de les placer devant les ventilateurs ! Quand j’ai lu ce mail, je me suis demandé si ce n’était pas la chaleur qui me faisait perdre la tête… Eh bien non : tout cela était le résultat absurde du manque de moyens dans l’Education nationale !
Pendant le brevet, le gouvernement a annoncé des « pauses fraîcheur », comme durant la coupe du monde de foot, pour que les élèves puissent sortir de la salle et échapper à la chaleur… Sur le papier, l’idée peut sembler bonne. Mais sur le terrain, aucun moyen supplémentaire n’a été prévu pour les mettre en œuvre : il aurait fallu des AED en plus pour surveiller les élèves, sinon la triche était inévitable… alors la direction de mon collège a décidé de ne pas les autoriser. Une fois de plus, le gouvernement a annoncé des mesures pour faire semblant d’agir, mais n’a pas donné les moyens de les appliquer.
Au final, la canicule n’a fait qu’exacerber toutes les difficultés que nous subissons toute l’année du fait de l’austérité.

