« C’est le pays des fainéants surtout. Les jeunes sont biberonnés à tout et n’importe quoi, ils ne veulent rien foutre à part être aidés par l’Etat. » Ainsi s’exprimait « Rodolphe, chef d’entreprise », dans l’émission Les Grandes Gueules sur RMC, il y a un peu plus d’un an. L’idée que les jeunes seraient les premiers responsables du taux de chômage élevé parmi la jeunesse est omniprésente dans les médias. Les faits dressent pourtant un tout autre tableau.
Le chômage de masse se développe dans les années 1970, à la suite de la crise pétrolière de 1973. L’économie française entre alors dans une longue phase de déclin industriel qui marque la fin du plein emploi. Même dans les phases de reflux, le chômage n’est ensuite plus jamais descendu en dessous de 7 %. Dans les périodes où la conjoncture économique est particulièrement mauvaise, il a même atteint plusieurs fois des points hauts : 9,2 % en 1987, 10,6 % en 1994 et 10,4 % en 2015. Lorsque la croissance économique ralentit, le chômage tend à augmenter : ce phénomène n’a donc rien à voir avec le mythe selon lequel « la génération Z ne veut pas travailler ».
Un parcours vers l’emploi semé d’obstacles
À la fin de l’année 2025, 742 000 jeunes de 15 à 24 ans sont au chômage, soit 126 000 de plus qu’un an auparavant. Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage de l’ensemble de la population active s’établit à 8,3 %, contre 21,6 % pour les jeunes – un niveau près de trois fois supérieur à celui de l’ensemble des actifs. Depuis 40 ans, le taux de chômage des jeunes varie inlassablement entre 15 % et 25 %. Premiers à être licenciés et derniers à être embauchés, les jeunes sont l’une des principales variables d’ajustement du marché du travail.
Environ 1,5 million des 15-29 ans (soit 13,1 % de cette tranche d’âge) n’ont ni emploi ni formation en cours. Ceci s’explique notamment par la sélection instaurée à l’université, qui a considérablement augmenté le nombre de jeunes sans formation. Les jeunes sans formation sont aussi ceux qui ont le plus de difficultés à trouver un travail.
Avoir un diplôme n’est pas non plus une garantie pour trouver un emploi : en 2023, 14 % des actifs ayant terminé leur formation initiale depuis un à quatre ans n’ont pas trouvé d’emploi. D’un côté, on reproche aux jeunes arrivant directement sur le marché du travail leur manque de formation ; de l’autre, on reproche à ceux qui ont étudié leur manque d’expérience… C’est le serpent qui se mord la queue.
Décrocher un premier emploi ne signifie pas être tiré d’affaires : en 2025, presque un jeune sur quatre travaille à temps partiel, 19,1 % sont en CDD, et 4,6 % en intérim. La précarité de l’emploi constitue une forme de chômage larvé qui plonge des centaines de milliers de jeunes dans l’angoisse permanente du lendemain.
Précarité pour les jeunes, aides publiques pour le patronat
La classe dirigeante a multiplié les promesses sur l’emploi des jeunes, mais aucune des politiques mises en place ne s’est attaquée frontalement au problème. Les travaux d’utilité collective (1984), les contrats emploi-solidarité (1990), le contrat d’insertion professionnelle (1994), les emplois-jeunes (1997) et les emplois d’avenir (2012) reposaient sur une même logique qui consistait à subventionner massivement le patronat pour qu’il embauche des jeunes dans des contrats temporaires et le plus souvent à temps partiel.
Sous la présidence de Macron, toute une série de dispositifs de ce type (contrats aidés, aide à l’embauche des jeunes, emplois francs) ont été mis en place au nom de la lutte contre le chômage des jeunes. Selon les calculs effectués par l’économiste Bruno Coquet pour l’OFCE – en additionnant les dispositifs de contrats aidés, d’alternance et d’accompagnement renforcé – plus de 1,4 million d’emplois destinés aux jeunes sont subventionnés chaque année depuis 2020 par une mesure de soutien public. Le montant cumulé des dépenses engagées entre 2020 et 2024 pour ces soi-disant « politiques d’emploi des jeunes » avoisine 100 milliards d’euros !
Le patronat est gagnant sur toute la ligne : il profite d’une main-d’œuvre précaire et vulnérable dont les salaires très bas sont largement pris en charge par les subventions de l’Etat. Et pendant que les capitalistes reçoivent une pluie d’argent public, une part considérable de la jeunesse subit précarité, bas salaires ou chômage.
