Après des années de coupes budgétaires, les effets de l’austérité se font durement ressentir dans l’enseignement supérieur. La dégradation des conditions de vie et d’études est manifeste – et la classe dirigeante semble décidée à aggraver la situation.
Offensive contre les étudiants étrangers
Cet été, le gouvernement a lancé une véritable offensive contre les étudiants étrangers. Un décret du 1er juillet a exclu les étudiants extra-européens non boursiers du dispositif des aides personnelles au logement (APL). Cette mesure, qui concerne environ 100 000 étudiants, représente pour eux une perte mensuelle d’environ 165 euros.
A ce « cadeau de rentrée » s’ajoute, depuis le 1er août, une restriction des conditions d’obtention d’un visa étudiant. Il faut désormais justifier d’un revenu de 877,50 euros mensuels – soit 47 % du SMIC brut – contre 615 euros auparavant. Cette hausse de plus de 40 % limite l’accès aux études en France aux étrangers les plus riches.
Toujours moins de places
Passé ce premier filtre, d’autres barrières se présentent pour étudier en France. Comme tous les ans, les universités sont incapables d’accueillir tous ceux, étrangers ou non, qui souhaitent poursuivre des études supérieures.
En 2026, 270 400 candidats ont confirmé au moins une candidature sur MonMaster – soit 8 % de plus qu’en 2025 – alors que la plateforme n’offrait que 151 887 places. L’an dernier, seuls 68 % des candidats avaient reçu au moins une proposition d’admission. Cela signifie que des dizaines de milliers de jeunes, pourtant titulaires d’une licence, sont empêchés de continuer leur parcours. Ils sont contraints de multiplier les candidatures, de changer de projet, ou d’abandonner purement et simplement leurs études.
Dans ces conditions, le « droit à la poursuite d’études » garanti par le Code de l’éducation n’est plus qu’une mauvaise plaisanterie. En théorie, tout étudiant qui saisit le recteur de son académie peut se voir offrir une proposition de master. Mais ce « droit » est conditionné au nombre de places disponibles dans la filière : il ne garantit ni l’accès à la formation souhaitée, ni même la possibilité de poursuivre dans son domaine !
La situation n’est pas meilleure pour les néo-bacheliers. Alors que le nombre d’étudiants continue d’augmenter, 10 300 places ont été supprimées sur Parcoursup en 2026, après déjà 43 000 en 2025.
Renchérissement de la vie étudiante
Le durcissement de la sélection favorise le développement d’une université à deux vitesses : les jeunes les plus pauvres sont découragés de poursuivre de longues études, tandis que les formations les plus prestigieuses restent souvent réservées aux étudiants les plus riches.
Etudier coûte aussi de plus en plus cher. Selon le dernier rapport de l’UNEF, le coût de la vie étudiante a encore augmenté de 1,66 % cette année, et de plus de 35 % depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017. Le logement, l’alimentation, les transports et les dépenses liées aux études pèsent toujours lourdement dans la balance des étudiants.
Toujours selon ce rapport, le reste à charge mensuel moyen des étudiants, après déduction des aides perçues, serait de 1300 euros, soit 72 % du SMIC brut. Or, bien peu d’étudiants disposent de tels revenus. Même après avoir passé les barrières de la sélection, les difficultés financières menacent donc constamment d’interrompre les études des jeunes de la classe ouvrière.
Ceux qui s’y accrochent sont forcés de contracter un prêt étudiant ou de travailler en parallèle de leurs études. D’après l’INSEE, près de 22 % des étudiants exercent ainsi une activité salariée. C’est évidemment un frein à leur réussite, puisqu’ils ne peuvent se consacrer pleinement à leurs études.
Chacun de ces filtres – exclusion des étudiants étrangers, sélection à l’entrée de l’université, tri par le portefeuille – participe de la même offensive d’ensemble : faire payer à la jeunesse l’effondrement d’un système universitaire à bout de souffle. Et la situation risque encore d’empirer : un récent rapport de l’Inspection générale des finances suggère par exemple de revoir le mode de calcul des APL pour en exclure 200 000 étudiants supplémentaires !
La défense de l’université publique est indissociable du combat contre le système capitaliste. Pour sortir de cette crise, il est impératif de briser la logique d’austérité, d’injecter des moyens massifs dans l’enseignement supérieur et de placer le système éducatif sous le contrôle démocratique des travailleurs et des étudiants eux-mêmes.

