Dès les premières mobilisations lycéennes, le mouvement de masse qui se développe aujourd’hui a été la cible d’une féroce répression policière. Elle a atteint des sommets le 17 octobre : toutes les manifestations – « autorisées » ou non – ont été attaquées avant même qu’elles ne démarrent. Depuis le début du mouvement, des centaines de jeunes et de travailleurs ont été blessés, parfois grièvement.
Lors des manifestations du 24 octobre, des groupuscules fascistes ont coopéré avec la police pour attaquer des manifestations et des rassemblements dans plusieurs villes. Ce fut le cas notamment à Montpellier, comme l’a démontré une enquête de FranceInfo.
Le rôle de la répression
Cette violence vise à semer la terreur pour dissuader les masses de se mobiliser. Pour l’instant, l’orgie répressive à laquelle on assiste, depuis des semaines, n’a pas réussi à vaincre le mouvement. Au contraire : le spectacle de la brutalité policière contre des lycéens, puis contre les manifestants en général, a amplifié la colère de nombreuses personnes – et a contribué à étendre la mobilisation.
Ceci dit, cette violence a eu un indéniable impact négatif. Des gens qui sympathisent avec le mouvement hésitent à manifester, de peur de perdre une main, un œil… ou la vie. A terme, la répression pourrait jouer un rôle important dans le reflux du mouvement. Il faut donc la repousser, mais comment ?
Les institutions officielles ne sont d’aucun recours. L’IGPN n’est qu’une machine à blanchir les agresseurs en uniforme. Parmi les derniers exemples en date, on peut citer ce policier de Metz qu’une vidéo montrait en train de caresser la poitrine d’une collégienne qu’il maintenait plaquée au sol. Contre toute évidence, l’affaire a été classée sans suite, officiellement pour « absence d’infraction »… Par contre, de nombreux manifestants ont été condamnés par les tribunaux à des peines de prison ferme, parfois uniquement parce qu’ils sont passés à proximité d’un commerce pillé.
La justice et la police font partie intégrante de l’appareil d’Etat de la classe dirigeante. Leur rôle essentiel n’est pas de « faire respecter la loi », mais d’utiliser la force – qu’elle soit ou non conforme au droit – pour défendre les intérêts de la bourgeoisie. On ne peut donc leur accorder aucune confiance.
Autodéfense de masse
Face à la violence de la police et des fascistes, il faut organiser l’autodéfense – à une échelle massive – des manifestations, des rassemblements et des piquets de grève.
Au Chili, lors de la mobilisation de 2019, des cordons de protection volontaires (les primera linea, « premières lignes ») ont été mis en place pour protéger les manifestations contre les attaques de la police, avec un certain succès. A Minneapolis, durant la lutte contre l’ICE, l’hiver dernier, de véritables structures d’autodéfense se sont organisées à l’échelle de chaque quartier de la ville pour surveiller la police de l’immigration et repousser ses attaques. La résistance massive de la population a culminé dans une grève générale, obligeant Trump à reculer. Ce sont là des exemples à suivre.
Fin septembre, alors que le mouvement lycéen était la cible d’une répression extrêmement violente, Jean-Luc Mélenchon a appelé les élus et les militants insoumis, mais aussi les parents d’élèves, à « s’interposer » pour protéger les lycéens de la police. C’était un pas remarquable dans la bonne direction. Mais il faut aller plus loin. Face à la violence organisée et coordonnée des CRS, de la BRAV-M et de leurs supplétifs fascistes, l’interposition spontanée et improvisée, aussi courageuse soit-elle, montre vite ses limites.
Il est de la responsabilité des grandes organisations du mouvement ouvrier, à commencer par la CGT, de créer de véritables structures d’autodéfense du mouvement. Elles doivent mobiliser leurs militants et toutes les personnes volontaires, afin de les équiper et de les coordonner pour repousser les attaques de la police et des groupes fascistes.
Pour la classe ouvrière, il s’agit de défendre son droit de manifester pour défendre ses conditions de vie. Ce droit ne nous a pas été offert gracieusement par la bourgeoisie. Il a été conquis de haute lutte par les travailleurs. Il nous faut aujourd’hui lutter pour le défendre !
