Le 3 septembre dernier, un mouvement de grève démarrait au bloc opératoire de l’hôpital de Soissons. Les soignants se mobilisaient contre une réorganisation du temps de travail imposée unilatéralement par la direction. Le 10 septembre, un militant du PCR était présent au rassemblement organisé sur le parvis de l’hôpital.

Une réorganisation brutale 

Auparavant, ce bloc opératoire reposait sur un système de gardes pour les paramédicaux : ils restaient dans l’hôpital la nuit et les jours fériés pour intervenir sur les urgences chirurgicales. En juillet, la direction a imposé le passage à un système d’astreintes : les soignants doivent rester chez eux et, en cas d’urgence, se rendre disponibles dans les 30 minutes.

Ce changement affectait gravement les rémunérations. Un infirmier nous expliquait : « Il y a une grosse perte financière [mensuelle]. C’est estimé à 200 euros pour les soignants les plus récents, et jusqu’à 600 euros pour ceux qui ont le plus d’expérience ». Par ailleurs, « quand on est d’astreinte, donc chez soi, on est payé seulement quand on se déplace. Pour autant, on ne peut pas vaquer librement à nos occupations. On est tout le temps sur le qui-vive. Je ne peux pas faire ce que je veux avec mes enfants ou ma famille. Quand on est d’astreinte, notre environnement s’y adapte ».

Cette réorganisation pourrait aussi affecter les patients. En garde, l’intervention des paramédicaux sur une urgence pouvait être quasi-immédiate. Avec un système d’astreintes, le délai d’intervention atteint jusqu’à 30 minutes.

Ce type de réorganisation ne concerne pas seulement le bloc opératoire. Dans l’hôpital, « on essaye de gratter sur les soignants d’une quinzaine de services pour éponger la dette », d’après un infirmier. Les services de stérilisation et les préparateurs en pharmacie ont d’ailleurs rejoint le mouvement.

La direction a justifié son plan d’économie par des difficultés budgétaires et des évaluations de l’Agence Nationale d’Appui à la Performance des établissements de santé (ANAP). Cependant, ces données n’ont pas été rendues accessibles aux premiers concernés.

Grève illimitée 

Soutenu par le Collectif Inter-Blocs (CIB) et la CFDT, le mouvement revendiquait notamment la juste rémunération du temps d’astreinte, afin de maintenir les salaires à leur niveau. Les premières réunions avec la direction n’ayant abouti à rien, l’équipe du bloc s’est engagée dans une grève reconductible.

La grève a rassemblé les différents corps de métiers paramédicaux du bloc : les infirmiers de bloc opératoire diplômés d’Etat (IBODE), les infirmiers de bloc opératoire (IBO) et les infirmiers anesthésistes diplômés d’Etat (IADE) se sont unis dans la lutte.

La majorité du personnel a été assignée pour assurer le « service minimum ». Le CIB s’est mobilisé pour défendre le droit de grève et contester les assignations abusives, qui déborderaient du cadre du « service minimum ». 

Un problème national

Sur le rassemblement du 10 septembre, une affiche déclarait : « Tout augmente et on baisse nos salaires ». Les soignants avec lesquels nous avons discuté dénonçaient ce double fardeau de la vie chère et des coupes budgétaires dans les services publics : « C’est un problème national. Beaucoup d’hôpitaux ont des problèmes budgétaires, et la seule solution [que trouvent les dirigeants], c’est de taper sur les soignants »

« Depuis qu’on fait grève, on regarde attentivement ce qui se passe dans les autres hôpitaux. Beaucoup sont en difficulté et il y a de plus en plus des gros mouvements ». L’exemple de l’hôpital Necker est cité. Cet été, une grève dans son bloc opératoire avait obtenu une première victoire après deux mois de mobilisation. Elle alertait sur la dégradation de la qualité et de la sécurité des soins pour les enfants.

Parmi les conséquences des politiques d’austérité, le CIB dénonce la crise des spécialités infirmières au bloc opératoire : « Nos professions sont en tension. Il y a plus de départs que de personnes qui entrent à l’école. Alors qu’on est moins nombreux, on diminue nos salaires et on attaque nos conditions de travail. Personne n’aura envie de se former et venir travailler au bloc opératoire ».

Le vendredi 11 septembre, la grève des soignants de Soissons a obtenu une victoire : la direction a dû concéder une hausse du tarif d’astreinte qui limite au maximum les pertes de salaires engendrées par la réorganisation.

Ce succès peut servir d’exemple à d’autres mobilisations à venir. Partout la colère s’accumule dans les hôpitaux, comme le montre la grève engagée dans la psychiatrie depuis le 15 septembre. Cette fermentation pourrait déboucher sur une mobilisation d’ampleur nationale, dans la santé publique, pour mettre un coup d’arrêt aux politiques d’austérité dans ce secteur.

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