La France connaît sa plus grave crise du logement depuis l’après-guerre. 350 000 personnes sont sans domicile, contre 143 000 en 2012. 600 000 personnes sont hébergées chez un tiers (hors parents), contre 510 000 en 2013. 4,2 millions de personnes sont mal-logées. 30 500 expulsions locatives ont été réalisées en 2024 – un record historique –, soit une hausse de 27 % en un an.

Les jeunes et les étudiants subissent de plein fouet les effets de cette crise. Les jeunes sont plus nombreux et plus précaires qu’avant, alors que les logements sont plus rares et plus chers. Selon l’Union étudiante, il manquerait 600 000 logements étudiants. L’Union régionale Ile-de-France, qui gère les foyers de jeunes travailleurs de la région, révélait en 2023 que ses résidences « Habitat jeunes » ne répondaient qu’à une demande de logement sur douze.

Pénurie de logements

Les étudiants constituent l’une des franges les plus précaires de la population et devraient donc logiquement pouvoir bénéficier de logements sociaux. Or, le parc social est saturé. Les jeunes – comme le reste de la population – se heurtent au manque de logements disponibles. Près de 3 millions de personnes sont aujourd’hui en attente d’un logement social – un nouveau record –, contre 2,1 millions en 2017. En Ile-de-France, où se concentre un tiers de la demande nationale, il faut attendre en moyenne environ trois ans avant d’obtenir un logement social, soit la durée d’une licence à l’Université. De nombreux jeunes auront fini leurs études avant d’avoir un logement ! La situation n’est pas meilleure du côté des étudiants boursiers : 670 000 d’entre eux se partagent 175 000 places disponibles dans les logements proposés par le CROUS.

Faute de logements sociaux ou étudiants, les étudiants se retrouvent en concurrence avec les travailleurs sur le parc privé. Selon l’Insee, 70 % des jeunes de moins de 25 ans et 50 % des 25-29 ans y résident. Sauf que celui-ci aussi est saturé. La ville de Paris est emblématique de cette situation dramatique : on ne compte actuellement que 4000 à 6000 logements à louer dans le privé (et seulement 15 000 à 20 000 disponibles à la vente). L’agence Foncia, un des leaders du marché, affirmait en septembre n’avoir que 0,56 % de son patrimoine disponible à la location… soit seulement 55 logements à louer dans la capitale !

Résultat : les agences immobilières se retrouvent avec un afflux de candidats à la moindre annonce. Sur la plateforme « Particulier à Particulier », un micro deux-pièces de 20 mètres carrés à 984 euros par mois dans le 17e arrondissement a, par exemple, suscité plus de 2100 « prises de contact » !

Dans des villes comme Paris ou Marseille, les jeunes et les étudiants, s’ils arrivent par miracle à trouver un logement, s’acquittent ensuite d’un loyer au mètre carré en moyenne deux fois plus élevé que dans le parc social, et ce, alors que 20 % des logements du parc privé sont considérés comme des « passoires énergétiques ». Selon l’enquête réalisée par l’UNEF en 2023, les étudiants consacrent ainsi 60,58 % de leurs revenus à leur logement, soit deux à trois fois plus que la moyenne nationale.

Un problème systémique

La crise du logement est une démonstration sans appel de la faillite du capitalisme. Ce système en décadence ne parvient même plus à fournir un logement décent à la jeunesse. Les racines de cette crise sont profondes : chute des mises en chantier, spéculation immobilière, loyers exorbitants, concurrence des plateformes touristiques (on compte environ 48 000 logements proposés à la « location » sur Airbnb à Paris, soit 12 fois plus que dans le parc privé), etc.

Dans ce contexte, le mouvement ouvrier devrait mener une campagne visant à imposer un gel immédiat de tous les loyers et la réquisition immédiate de tous les logements vacants. Mais pour résoudre durablement cette crise, il faudrait également nationaliser – sous le contrôle démocratique des travailleurs – les grands groupes du secteur immobilier qui spéculent sur le foncier et les grandes entreprises du BTP, afin de construire (et rénover) des millions de logements de qualité. Toutes les études le démontrent : l’absence de logement stable fragilise considérablement la vie sociale, scolaire et professionnelle. Si le capitalisme n’est pas capable d’assurer ce droit élémentaire, alors il faut en finir avec ce système !

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