Ces dix derniers jours, la température sociale est montée de plusieurs degrés. La cause immédiate en est la flambée des prix des carburants, qui frappe des millions de salariés et d’artisans.

Tout le long du littoral méditerranéen, des pêcheurs ont bloqué des ports et des dépôts pétroliers. La CGT de TotalEnergies – dont les patrons encaissent des milliards d’euros de superprofits sur le dos du peuple – appelle l’ensemble des salariés du groupe à la grève le 8 octobre. Dans le secteur privé, d’autres mobilisations sont à l’ordre du jour, notamment face au vaste plan de licenciements chez Sodexo. Divers secteurs de la jeunesse et du salariat participeront sans doute à la « journée d’action » de la Fonction publique, le 29 septembre. Les sapeurs-pompiers seront aussi mobilisés ce jour-là.

Dans ce contexte général, des appels à une grande mobilisation, le 17 octobre, ont massivement circulé sur les réseaux sociaux. Sur TikTok, les vidéos publiées – qui se réclament parfois des Gilets jaunes – ont rencontré un énorme écho. Ceci rappelle évidemment les prémisses du 10 septembre 2025, qui avait mobilisé beaucoup de jeunes et fait chuter le gouvernement Bayrou.

Il est impossible de dire ce qui va se passer le 17 octobre et les jours suivants. Mais le simple fait que des appels lancés sur TikTok rencontrent un tel succès, en quelques jours, est l’expression d’une très grande colère dans la masse de la population.

Pour tenter de calmer cette colère, le gouvernement jette à certains quelques miettes et, à tous, beaucoup de mots creux. Sous la pression des marchés obligataires, Lecornu et sa clique ne veulent pas torpiller le budget (austéritaire) de 2027 en baissant les taxes sur les carburants. Ils ne veulent pas davantage taxer les profits de TotalEnergies : les patrons de cette multinationale ont déjà prévenu qu’ils réagiraient en actionnant les divers leviers à leur disposition (augmentation des prix, suspension ou réallocation d’investissements, etc.).

La balle est donc dans le camp des dirigeants du mouvement ouvrier. Ils ont la responsabilité d’organiser la colère qui monte et, surtout, de la doter d’un programme à la hauteur des enjeux. La nationalisation de TotalEnergies, sous le contrôle des travailleurs, est un mot d’ordre qui rencontrerait un puissant écho dans la masse des salariés – mais aussi des artisans, des petits commerçants et des petits agriculteurs. En l’absence d’un tel mot d’ordre, l’exigence d’un « contrôle » ou d’un « blocage » des prix des carburants est suspendue en l’air.

La revalorisation des salaires et leur indexation sur l’inflation est un deuxième mot d’ordre qui s’impose. La hausse des cours de nombreuses matières premières va s’infiltrer durablement dans tous les secteurs de l’économie. Non seulement l’inflation ne refluera pas dans les mois qui viennent, mais elle va sans doute augmenter. Sur la base du capitalisme, seule une récession mondiale – c’est-à-dire une nouvelle catastrophe économique et sociale – pourrait éteindre l’incendie inflationniste, au prix d’une augmentation brutale du chômage et de la misère.

De manière générale, la crise du capitalisme français est si profonde que rien, ces prochains mois, n’allégera les souffrances du peuple : ni l’évolution de la conjoncture économique, ni la politique du gouvernement. Au contraire : le pouvoir d’achat et les conditions de vie de la masse de la population continueront de se dégrader plus ou moins rapidement.

Pour mettre un coup d’arrêt à cette régression sociale permanente, il faudrait un changement radical de politique économique et sociale. En clair, il faudrait remplacer le « gouvernement des riches » par un gouvernement des travailleurs. Nous savons bien que tel n’est pas – et même pas du tout – l’orientation des dirigeants actuels du mouvement syndical, CGT comprise. Mais c’est précisément le cœur du problème. Les militants syndicaux les plus combatifs doivent engager la lutte, dans leurs propres organisations, pour que leurs directions reflètent à la fois la colère des masses et les besoins objectifs du mouvement ouvrier.

Les revendications immédiates – sur les salaires, l’emploi et les conditions de travail – doivent être articulées à la perspective d’un renversement du gouvernement Lecornu et du système qu’il défend. Quant aux modalités d’action, elles doivent être à la hauteur du rapport de forces requis.

Aucune « journée d’action », aussi grande soit-elle, ne fera reculer d’un millimètre le gouvernement et ses donneurs d’ordre : les patrons de TotalEnergies, des autres multinationales et des banques françaises. Les dirigeants de la gauche et du mouvement syndical – à commencer par la CGT et LFI – doivent unir leurs forces pour construire, à l’appui d’une vaste campagne d’agitation, un puissant mouvement de grèves reconductibles. La journée du 17 octobre s’inscrirait parfaitement dans cette stratégie. Il faut démontrer à tous les travailleurs que, sans eux, la société est paralysée, qu’ils créent toutes les richesses et que, dès lors, ils doivent diriger l’économie – ce qui suppose d’arracher ses grands leviers des mains des parasites géants qui les contrôlent.

Jean-Luc Mélenchon et ses camarades ne doivent pas se contenter de soutenir les diverses expressions de la colère sociale – tout en renvoyant celle-ci au scrutin présidentiel d’avril et mai 2027. LFI doit jeter toutes ses forces dans les luttes qui s’engagent. Comme il l’a fait avant le 10 septembre 2025, Mélenchon doit appeler les directions du mouvement syndical à mettre à l’ordre du jour un blocage de l’économie du pays. Quelle qu’en soit le résultat, cela renforcera l’autorité de LFI dans la masse des exploités et des opprimés, pendant que Marine Le Pen et sa clique se cacheront – comme chaque fois que le peuple travailleur entre en lutte contre les exploiteurs et les profiteurs.

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