Dans son discours pour les 250 ans de l’indépendance des Etats-Unis, le 3 juillet dernier, Donald Trump s’est alarmé d’une « résurgence de la menace communiste dans notre pays ». Il a formulé l’alternative suivante : « soit vous êtes fidèles à l’Amérique, soit vous êtes fidèles à Karl Marx – vous ne pouvez pas être les deux à la fois. »

35 ans après la chute de l’Union soviétique et la disparition supposée de la « menace communiste », ce ton de Guerre froide pourrait sembler anachronique. Mais les inquiétudes du président ne sont pas sans fondements. Le fait est que le socialisme et le communisme sont plus populaires que jamais dans la jeunesse et la classe ouvrière américaines.

Déclin relatif et crise de régime

La stabilité du régime capitaliste aux Etats-Unis a longtemps reposé sur le « rêve américain » : la promesse d’atteindre la richesse – ou du moins le confort matériel – à condition de travailler durement. Après la Seconde Guerre mondiale, la croissance économique était telle que chaque génération voyait ses conditions d’existence s’améliorer par rapport à la précédente. La domination planétaire de l’impérialisme américain garantissait des superprofits permettant d’« acheter » les couches supérieures de la classe ouvrière – et, à travers elles, la « paix sociale ».

Mais depuis la crise mondiale de 2008, la stabilité politique et sociale se délite sans cesse. La contraction des marchés et la concurrence des impérialismes russe et chinois affaiblissent le géant américain sur tous les terrains. Le développement technologique de la Chine, en particulier, mine la compétitivité de l’industrie américaine. Elle ne tourne plus qu’à 76 % de ses capacités, contre 87 % dans les années 1960. Faute de débouchés profitables, les capitalistes rechignent à investir et délocalisent leur production. 113 000 emplois industriels ont été supprimés en 2025.

Les tentatives de la classe dirigeante pour regagner des zones d’influence et des parts de marché – par les voies économique ou militaire – n’ont fait que révéler plus violemment les limites de la puissance américaine. Après l’humiliante défaite en Afghanistan (2001-2021), la guerre en Iran est une débâcle. Une cuisante défaite est également inévitable en Ukraine. Ces reculs sur la scène mondiale exacerbent les contradictions internes du pays et la crise de son régime politique.

L’élite politique qui présidait à ce déclin est profondément discréditée. Les vieux éléphants du Parti républicain ont été balayés par Donald Trump, sa démagogie « antisystème » et sa promessede « rendre sa grandeur à l’Amérique ». Quant au Parti démocrate, il connaît des records d’impopularité. Les présidences de Barack Obama et Joe Biden l’ont durablement caractérisé – aux yeux de masses – comme le parti des milliardaires, des guerres sans fin, des emplois précaires et de l’inflation.

Trump 2.0

Comme nous l’expliquions en novembre 2024, la réélection de Trump était « une expression déformée de la profonde radicalisation politique de la classe ouvrière américaine ». Elle témoignait bien davantage du rejet de la présidence Biden-Harris que de l’adhésion aux idées racistes du candidat républicain. Des dizaines de millions de travailleurs – y compris noirs et latinos – ont choisi Trump comme « moindre mal », parce qu’il promettait le retour de la paix, de la prospérité et des emplois bien payés.

Depuis, Trump 2.0 n’a tenu aucune de ses promesses. La hausse des barrières douanières et le blocage du détroit d’Ormuz ont alimenté l’inflation. Sur la seule année 2025, les factures d’énergie ont augmenté de 13 % – avant même que le conflit contre l’Iran ne s’ajoute à la liste des « guerres sans fin ». Pour tenter de défendre son bilan désastreux, le « sauveur de l’Amérique » multiplie les déclarations absurdes. Craignant pour leurs carrières, des trumpistes de premier plan – comme Marjorie Taylor Greene et Tucker Carlson – ont déjà quitté le navire.

Même la désignation des immigrés comme boucs émissaires (pour détourner l’attention des problèmes économiques) atteint ses limites. De Los Angeles à Chicago, les crimes de l’ICE ont suscité une puissante riposte de la classe ouvrière. Ce mouvement a culminé en janvier dernier à Minneapolis, avec une grève générale – la première depuis 80 ans dans une ville américaine – et un niveau inouï d’auto-organisation des masses pour défier l’appareil d’Etat. Humilié, Trump a dû battre en retraite.

Virage à gauche

Nous l’annoncions lors de sa réélection : « les travailleurs américains qui ont accordé une nouvelle fois leur confiance [à Trump] ne connaîtront que la crise et l’austérité ; ils devront lutter pour défendre leurs conditions de vie. Cela prépare un puissant virage vers la gauche. » Cette perspective s’est réalisée dès novembre 2025 avec l’élection de Zohran Mamdani à la mairie de New York. Depuis, la base de Trump se fracture, pendant que l’engouement pour les candidats « socialistes » se confirme.

Une trentaine de candidats des Democratic Socialists of America (DSA) ont déjà remporté des primaires démocrates pour les élections législatives et locales de mi-mandat (les « midterms »). Partant avec des budgets de campagne bien moindres que leurs concurrents de droite, ils les ont supplantés en promettant la semaine de 32 heures, une hausse du salaire minimum, l’accès au logement et à la santé pour tous, la taxation des riches et la nationalisation de plusieurs grandes entreprises. En toute hypothèse, les DSA renforceront nettement leur présence au Congrès en novembre prochain. Ils pourraient aussi conquérir les mairies de Washington et Los Angeles.

Cependant, bien qu'ils se présentent sous l’étiquette démocrate, les DSA sont largement minoritaires dans l’appareil de ce parti bourgeois. Une fois élus, ils seront exposés à l’immense pression de leurs « camarades » de droite au Congrès et dans les instances locales. Ainsi, la « démocrate socialiste » Alexandria Ocasio Cortez, élue en 2018, a fini par voter contre le droit de grève des cheminots en 2022 et pour l’octroi de 500 millions de dollars à l’armée israélienne en 2025 – prétendument en échange de « concessions » pour les travailleurs. A New York, Zohran Mamdani a déjà été contraint de renoncer à des promesses de campagne comme la gratuité des transports, car la gouverneure démocrate de son Etat lui interdit d’augmenter les impôts sur les riches.

De nos jours, le facteur prédominant de la politique américaine est un rejet massif des deux partis de la classe dirigeante. Après le succès de Trump, celui des DSA en est une nouvelle expression. Mais en s’associant au parti de l’establishment – même avec des réserves –, les DSA vont en partager le discrédit, surtout si les Démocrates reviennent au pouvoir. Au lieu d’envoyer leurs 120 000 militants patauger dans le marais démocrate, les DSA pourraient dès aujourd’hui fonder un parti ouvrier de masse, indépendant des deux grands partis de la bourgeoisie. L’initiative rencontrerait un écho considérable, comme en a témoigné l’afflux spontané de 100 000 New-yorkais dans la campagne de Mamdani pour battre le cacique démocrate Andrew Cuomo.

Transformation des consciences

Quoi qu’il en soit, une profonde transformation est à l’œuvre dans la conscience des travailleurs américains. Selon le dernier sondage du think tank conservateur Cato Institute, 37 % des Américains se disent favorables au socialisme et 21 % au communisme (7 points de plus qu’en 2025). Chez les moins de 29 ans, ces chiffres s’élèvent respectivement à 53 % et 38 % ! En l’absence d’organisation communiste de masse pour promouvoir ces idées, ces chiffres sont extrêmement significatifs. Et ce n’est pas la campagne « anti-communiste » lancée par Trump qui y changera quoi que ce soit. Au contraire !

Comme l’expliquait Lénine en 1920, à force de désigner le communisme comme l’ennemi absolu, une classe dirigeante abhorrée finit par y intéresser les masses : « Quand la bourgeoisie française fait du bolchevisme le centre de l’agitation électorale, taxant de bolchevisme des socialistes relativement modérés ou hésitants ; quand la bourgeoisie américaine [...] crée une atmosphère de panique en répandant partout des nouvelles sur les complots bolcheviks [...], nous devons saluer et remercier messieurs les capitalistes. Ils travaillent pour nous. Ils nous aident à intéresser les masses à la substance même et au rôle du bolchevisme. » [1]

Le communisme est plus populaire que jamais dans la première puissance impérialiste mondiale. Et les conditions d’une explosion révolutionnaire mûrissent rapidement : les événements de l’hiver dernier, à Minneapolis, en ont donné un avant-goût. Dans ce contexte, nos camarades américains des Revolutionary Communists of America (RCA) redoublent d’efforts pour organiser et former les éléments les plus avancés de la jeunesse et de la classe ouvrière. Avec plus de 1000 militants à l’échelle nationale, ils se donnent pour objectif de doubler ce chiffre à court terme. Trump, sans doute, les y aidera !


[1] V.I. Lénine, La maladie infantile du communisme (le « gauchisme »)

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