Pour la première fois, la quasi-totalité des 75 universités françaises ont voté un budget déficitaire pour 2026. Cela souligne l’ampleur de la politique austéritaire qui frappe l’enseignement supérieur et la recherche, avec un milliard de coupes budgétaires en 2025 et plus de 400 millions d’euros de charges supplémentaires (hausse du coût de l’énergie, augmentation des loyers…) imposées aux universités en 2026.
Les conséquences de ces politiques sont désormais visibles partout : suppressions de postes, fermetures de formations, réduction des capacités d’accueil. En matière de recrutement, entre 2012 et 2022, le nombre d’enseignants titulaires est passé de 5,05 à 4,40 pour 100 étudiants à l’échelle nationale, soit une chute de près de 13 %. Les universités compensent le manque de titulaires par un recours massif aux contractuels et vacataires. D’après le collectif « Nos services publics », ces travailleurs précaires constituent désormais une majorité du personnel enseignant.
Cela implique une augmentation de la charge de travail pour les enseignants titulaires restants, qui sont confrontés à des effectifs toujours plus importants et à des moyens pédagogiques réduits. La recherche et l’accompagnement des étudiants s’en trouvent directement compromis, avec une généralisation des cours magistraux massifs au détriment des travaux dirigés.
Des universités toujours plus sélectives
Les universités sont incapables d’accueillir l’ensemble des étudiants souhaitant poursuivre des études supérieures. Le nombre d’étudiants n’a cessé de croître : + 41 100 entre les années scolaires 2024/25 et 2025/26. Or cette année, 10 300 places de moins seront ouvertes sur Parcoursup, selon le SNESUP-FSU. Cette baisse s’ajoute à la suppression de 43 000 places enregistrées en 2025.
Derrière Parcoursup et les coupes budgétaires se développe une université à deux vitesses. D’un côté, une partie croissante de la jeunesse ouvrière est dirigée vers des formations courtes, l’apprentissage ou l’alternance, afin d’intégrer rapidement le marché du travail. De l’autre, les cursus longs et les filières les plus prestigieuses restent dominés par les étudiants issus des milieux les plus favorisés. Les filières les plus demandées – droit, psychologie, STAPS et médecine – deviennent des entonnoirs. Des milliers de jeunes en sont exclues chaque année. Cette logique de sélection se combine à la concentration des moyens dans les filières adossées à des partenariats industriels ou jugées plus « rentables ». D’autres filières, notamment en sciences humaines et sociales, subissent les coupes les plus sévères.
L’austérité ouvre la porte au privé
La dégradation générale des moyens ne touche pas seulement les universités, mais l’ensemble du système public de la recherche. Le CNRS, qui est le plus grand organisme de recherche en Europe, a vu son budget amputé de 20 millions d’euros en 2026. Les laboratoires dénoncent déjà des coupes dans les recrutements et les dépenses courantes. Ils redoutent un gel des embauches dans les années à venir.
Faute de financements publics suffisants, les établissements dépendent de plus en plus des appels à projets et des partenariats privés. Progressivement, la recherche s’oriente vers les intérêts des grandes entreprises. Par exemple, TotalEnergies développe des partenariats étroits avec les universités et, chaque année, finance une centaine de thèses. En février, France Universités et le MEDEF ont signé une convention de partenariat, marquant une nouvelle étape dans le rapprochement entre les universités et le secteur privé.
Pendant que des milliards d’euros d’argent public sont versés aux grandes entreprises et au budget militaire, les universités sont sommées de faire toujours plus avec toujours moins. Le capitalisme transforme progressivement l’enseignement supérieur en un marché infernal : sélection sociale pour les étudiants, précarité pour les personnels, recherche soumise aux intérêts privés. En fin de compte, la défense de l’enseignement supérieur et de la recherche ne peut pas être séparée de la lutte contre le capitalisme lui-même. Il faut rompre avec les politiques d’austérité, réinvestir massivement dans l’enseignement supérieur et placer l’éducation sous le contrôle démocratique des travailleurs et des étudiants.

