En plus des contre-réformes directes du Code du travail, comme la loi El Khomri de 2016, la bourgeoisie française s’attaque aux droits des travailleurs en s’en prenant aux agents de l’inspection du travail. Ceux-ci subissent une dégradation de leurs conditions de travail, des tentatives d’intimidation et de la répression syndicale.

Chargés de contrôler l’application du droit du travail, ces fonctionnaires disposent d’un droit d’entrée dans les entreprises et peuvent sanctionner les employeurs qui ne respectent pas leurs obligations en matière de sécurité, d’heures supplémentaires, de travail non déclaré, etc. Or, ils ne sont que 1 800 pour 21 millions de salariés du secteur privé, soit un inspecteur pour 12 000 salariés. Leurs effectifs ont diminué de 20 % depuis 2017.

Depuis début septembre, la majorité des agents de l’Isère sont en grève reconductible contre la répression syndicale que subissent deux de leurs collègues, Pierre et Benoît, syndicalistes à SUD Travail Affaires sociales (SUD TAS). Jusqu'à 80% de l’effectif total de l’inspection du travail de l’Isère est en grève lors des grosses journées de soutien. Dans toute la France, des agents ont procédé à des grèves et des débrayages en solidarité. Nous avons rencontré Valentin, inspecteur du travail et syndiqué à SUD TAS. 

Des procédures-baillons

Plusieurs facteurs expliquent le déclenchement de cette grève. D’abord la pression croissante de la direction sur les agents. Comme nous l’explique Valentin, « les représentants syndicaux critiquent les méthodes de management depuis plusieurs années et avaient fait remonter du harcèlement moral et discriminatoire, de la part d’une cheffe de service, sans qu’il y ait une enquête mise en place par la hiérarchie ».

Dans le même temps, une réforme de l’organisation territoriale de l’Etat, datant de 2021, a renforcé l’autorité du préfet sur l’inspection du travail et conduit à l’instrumentalisation de ses missions : « petit à petit, on nous demande de venir faire des opérations qu’ils appellent “place nette”, intervenir pour lutter contre les migrants, ou encore contre le narcotrafic… des opérations dans lesquelles nous n’avons pas à être. C’est arrivé jusqu’à trois ou quatre fois l’année dernière en Isère. Face à cela, il y a eu une réaction syndicale forte ».

A l’approche du 1er mai 2026, la hiérarchie locale a essayé d’empêcher les inspecteurs du travail de l’Isère d’envoyer des courriers aux employeurs pour leur rappeler les règles applicables à ce jour férié. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, est même allé jusqu’à appeler par téléphone un boulanger isérois, le 1er mai, pour lui apporter son soutien après un contrôle de l’inspection du travail. Il s’est également mis en scène en train d’acheter son pain ce jour-là. Une pure provocation ! 

Quelques jours plus tard, Pierre et Benoît, les deux inspecteurs du travail syndicalistes, ont été convoqués par la police à la suite d’une plainte pour harcèlement moral, déposée par leur hiérarchie. La plainte est rapidement classée sans suite. La hiérarchie engage alors une procédure disciplinaire à leur encontre. Pour la justifier, la direction locale de l’inspection du travail s’appuie notamment sur des prétextes fallacieux, comme le témoignage d’une cheffe de service… à la retraite depuis dix ans. 

Une première victoire

A la suite d’une grève de plus de quarante jours, soutenue par de nombreux inspecteurs du travail partout en France et des syndicalistes de différents secteurs, les sanctions contre Pierre et Benoît ont été réduites : un blâme pour le premier et une mise à pied de 15 jours pour le second, au lieu de la mutation initialement prévue. En somme, la mobilisation a empêché la hiérarchie de casser le collectif de travail des inspecteurs isérois. 

Pour autant, la lutte se poursuit à Grenoble. Les grévistes, soutenus par SUD et la CGT, exigent l’arrêt total des sanctions et la signature d’un protocole de fin de conflit garantissant qu’aucune autre sanction ne sera engagée contre les agents ayant soutenu Pierre et Benoît. Dans le même temps, les agents mobilisés revendiquent davantage de moyens et d’effectifs pour pouvoir mener à bien leurs missions.

Il est clair que les attaques contre les deux syndicalistes visent à intimider l’ensemble des inspecteurs du travail, partout en France. Cette offensive s’inscrit dans un contexte général de répression syndicale et d’attaques contre les droits démocratiques des travailleurs. Les inspecteurs du travail l’ont compris : c’est par la grève et la solidarité de classe qu’il faut réagir !

Pour soutenir Pierre, Benoît et les grévistes, signez la pétition et participez à la caisse de grève !

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