Netanyahou

Le 18 mars, après à peine plus de deux mois de cessez-le-feu, l’armée israélienne a recommencé à pilonner la bande de Gaza. Plusieurs centaines de Palestiniens ont été tués, dont au moins 400 le 18 mars. Ce chiffre en fait la journée la plus meurtrière depuis le début du génocide des Gazaouis.

Israël prétend que le Hamas est responsable de la reprise de la guerre. En réalité, Netanyahou a systématiquement refusé d’appliquer les conditions prévues pour la « deuxième phase » du cessez-le-feu, notamment l’évacuation du « corridor de Philadelphie » dans le sud de la bande de Gaza. Dans le même temps, il ordonnait que le courant électrique soit coupé et empêchait l’aide humanitaire d’entrer dans la zone.

Netanyahou joue sa survie politique

Il faut rappeler que Netanyahou n’a accepté de signer un cessez-le-feu en janvier que contraint et forcé par Trump. Le Premier ministre israélien n’avait d’ailleurs pas caché qu’il ne voulait pas que le cessez-le-feu aille au-delà de sa « première phase ».

Cela s’explique simplement : il est mis en examen dans plusieurs affaires de corruption, et seule sa position de Premier ministre lui évite d’être jugé et probablement condamné à la prison. Avant la guerre, sa tentative de réforme de la justice, qui visait à le protéger de ces poursuites, n’avait réussi qu’à provoquer un mouvement de masse contre lui. Il était donc terrifié par la perspective de prochaines élections.

La guerre lui est donc apparue comme une divine surprise. Tant qu’elle dure, des élections sont peu probables et il peut se maintenir au pouvoir grâce au soutien de l’extrême droite sioniste. Celle-ci veut exterminer ou chasser les Palestiniens pour pouvoir coloniser Gaza et la Cisjordanie.

Mais la signature du cessez-le-feu a provoqué la colère de ces ultra-sionistes. Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir a démissionné et le ministre des Finances Bezalel Smotrich a menacé de l’imiter si le cessez-le-feu se prolongeait au-delà de sa « première phase ». Cela signifiait priver Netanyahou d’une majorité parlementaire suffisante pour faire adopter un budget avant la date limite prévue par la loi : le 31 mars. Or, la loi israélienne prévoit la convocation automatique d’élections si le budget n’est pas adopté. En sursis, Netanyahou a relancé la guerre pour sauver sa peau.

Cela n’a suscité aucun enthousiasme au sein de la population israélienne. Début mars, un sondage montrait que 60 % des Israéliens voulaient la démission de Netanyahou et 73 % la fin de la guerre et l’évacuation de Gaza.

Mais Netanyahou est prêt à tout pour rester au pouvoir, y compris un génocide. Difficile d’imaginer un cynisme plus criminel… à part celui des dirigeants impérialistes qui lui apportent leur soutien !

Les contradictions des impérialistes

En janvier, Donald Trump a fait pression sur Netanyahou pour obtenir un cessez-le-feu, ce que Biden avait toujours refusé de faire. Trump a pourtant soutenu, à son tour, les dirigeants israéliens lorsqu’ils ont commencé à saboter ce même cessez-le-feu. Il a même ajouté ses propres menaces à celles que Netanyahou adressait alors au Hamas. Le président américain espérait sans doute que le mouvement palestinien céderait comme l’avait fait Netanyahou.

Mais si les dirigeants du Hamas s’étaient pliés aux exigences de Netanyahou – qui réclamait alors la libération immédiate de tous les otages, sans contrepartie de sa part – plus rien n’aurait empêché les Israéliens de dévaster totalement Gaza. Ils ne pouvaient donc pas accepter « l’offre » de Trump.

Trump veut mettre fin à cette guerre pour pouvoir concentrer le maximum de ses forces contre la Chine. Mais, contrairement à ce qui se passe en Ukraine, il ne peut pas se permettre d’abandonner Israël, un des derniers alliés solides de l’impérialisme américain au Moyen-Orient. Il a donc dû laisser Netanyahou recommencer la guerre. Il lui a même apporté son aide en bombardant les Houthis du Yémen, qui ont tiré des missiles vers Israël après la rupture du cessez-le-feu par les Israéliens.

En donnant son feu vert à Israël, Trump accentue encore le chaos dans lequel est plongé le Moyen-Orient. L’armée israélienne a profité de la reprise de la guerre à Gaza pour intensifier ses attaques en Cisjordanie et recommencer à bombarder le Liban. Depuis la chute de Bachar al-Assad, elle occupe aussi une portion du territoire syrien où elle est confrontée à une résistance croissante. Le 25 mars, ses soldats ont tué plusieurs civils syriens qui protestaient contre l’occupation de leur village. Tout cela accentue aussi l’instabilité dans les pays voisins, en Jordanie, en Egypte et en Arabie Saoudite. C’est l’ensemble de la région qui vacille au bord du gouffre.

La responsabilité des impérialistes occidentaux – de Biden à Trump, en passant par Macron – est écrasante. Le génocide des Gazaouis, le massacre au Liban et en Cisjordanie, ainsi que l’invasion de la Syrie, auraient été impossibles sans l’aide constante qu’ils ont apportée au régime sioniste. Pour mettre fin au carnage à Gaza et empêcher un bain de sang encore plus grand, il faut s’attaquer au capitalisme et à l’impérialisme !