Le 21 août, Le Monde publiait un éditorial intitulé « Nétanyahou, l’indigne manipulation de l’antisémitisme ». Il faisait suite aux attaques du premier ministre israélien, qui accusait Emmanuel Macron d’« alimenter [le] feu antisémite » en reconnaissant l’Etat de Palestine. Le journal, porte-voix quasi officiel de la bourgeoisie libérale française, affirmait qu’« en accréditant l’idée d’une identification des juifs du monde entier à sa politique d’extrême droite, c’est au contraire lui [Netanyahou] qui attise l’antisémitisme, en France comme ailleurs. »
« Arroseur arrosé »
C’est ce que nous écrivions déjà en octobre dernier : « Alors que des milliards de personnes, à travers le monde, sont les spectateurs horrifiés de la boucherie orchestrée par le gouvernement israélien, les propagandistes sionistes qui prétendent “défendre les Juifs” répètent en boucle : “si vous êtes contre ce carnage, c’est que vous êtes antisémite !”. Ce faisant, ils contribuent à détourner contre les Juifs une partie de la colère provoquée par les crimes du sionisme. »
Mais ce qu’oublie l’éditorialiste du Monde, c’est que cette « méthode » n’est pas propre à Netanyahou. Depuis le 7 octobre, elle est aussi utilisée par la classe dirigeante française, son gouvernement et ses médias pour taxer d’« antisémitisme » le mouvement de solidarité avec la Palestine et, au passage, attaquer la gauche et le mouvement ouvrier.
L’éditorial du Monde n’oublie d’ailleurs pas d’affirmer que « les préjugés, voire l’hostilité envers les juifs, existent à gauche, et en particulier parmi les sympathisants de La France insoumise »… tout en se lamentant sur les « manipulations » de Netanyahou. L’hypocrisie est flagrante.
Ce qui offusque l’éditorialiste bourgeois dans les déclarations de Netanyahou, c’est que le premier ministre israélien utilise cette méthode contre Macron (Manuel Bompard et Jean-Luc Mélenchon parlaient très justement à ce propos d’« arroseur arrosé »).
A L'heure où nous écrivons, l’état de famine vient d'être officiellement reconnu par l’ONU dans la bande de Gaza, que l’armée israélienne se prépare à occuper durablement. Il a aussi été révélé que le gouvernement israélien négocie avec le Soudan du Sud pour y expulser les Gazaouis et pouvoir coloniser Gaza. Parallèlement, Netanyahou vient d’acter la création d’une colonie géante qui couperait la Cisjordanie en deux.
Face à l’évidence du génocide perpétré à Gaza, les propagandistes de la bourgeoisie française peuvent bien jeter l’anathème « antisémite » à tort et à travers, cela n’a plus le même impact. L’extermination des Gazaouis et l’oppression brutale des Palestiniens sont devenus un vecteur de radicalisation politique à l’échelle mondiale. Des centaines de milliers de jeunes et de travailleurs en arrivent à la conclusion qu’un système qui permet une telle barbarie doit être renversé.
Cela pousse une partie des classes dirigeantes des pays impérialistes à se distancer, en paroles, du gouvernement israélien. L’annonce par Emmanuel Macron de la prochaine reconnaissance de l’Etat palestinien s’inscrit dans cette logique. Elle est aussi motivée par l’inquiétude du gouvernement français face aux tentatives de Netanyahou de déclencher une guerre régionale en bombardant l’Iran, le Liban et la Syrie. Un conflit ouvert étendu à l’échelle du Moyen-Orient représenterait une menace pour les intérêts impérialistes français dans la région. D’où les timides remontrances du Quai d’Orsay contre la politique israélienne.
Complicité impérialiste
Comme les « condamnations » de la diplomatie française, la reconnaissance de la Palestine est un acte de pure forme, qui ne changera absolument rien à l’oppression des Palestiniens. D’autant plus que, derrière les larmes de crocodile de Macron, la bourgeoisie française et son gouvernement continuent à apporter un soutien actif à l’Etat sioniste et à sa politique génocidaire.
La police et la justice française continuent de réprimer le mouvement de solidarité avec la Palestine, comme le montrent notamment les poursuites judiciaires toujours en cours contre Anasse Kazib ou la récente audition par la police de l’eurodéputée LFI Emma Fourreau, pour « apologie du terrorisme ».
D’après le ministre de la défense Sébastien Lecornu, l’armée française est intervenue directement en juin pour abattre des drones iraniens, après que l’Etat sioniste ait déclenché une guerre d’agression contre l’Iran. Ce faisant, elle apportait donc son soutien de facto aux manœuvres de Netanyahou pour déclencher une guerre régionale.
Des entreprises françaises de l’armement continuent à vendre des pièces détachées et des équipements à l’armée israélienne, avec l’approbation du gouvernement français ! Des entreprises comme Thales et Safran continuent d’exporter des pièces détachées qui sont notamment utilisées pour fabriquer les drones qui frappent quotidiennement la bande de Gaza. Début juin, des pièces de canon devaient être expédiées vers Israël par l’entreprise Aubert et Duval, mais leur chargement a été bloqué par les dockers de Fos-sur-Mer.
Cette action doit servir d’exemple. Le mouvement ouvrier ne doit rien attendre de la part de l’hypocrite bourgeoisie française, complice du génocide. Il ne doit compter que sur ses propres forces pour s’attaquer aux voies d’approvisionnement de la machine de guerre israélienne.