Source: villenevers, flickr - https://flic.kr/p/22Bx1y5

Début septembre, Midi libre révélait une vidéo atterrante montrant des policiers municipaux de Carcassonne multiplier les propos racistes, misogynes, homophobes et réactionnaires. Un brigadier-chef critiquait notamment les « bougnoules », les « nègres » et les « LFIstes », et appelait de ses vœux « un p’tit coup d’Etat » et « une petite dictature en France ». Cet agent, ancien militaire parachutiste, appartenait également au service d’ordre du Rassemblement national (il en a depuis été exclu).

Impunité prolongée

Le plus scandaleux est que ces images n’étaient pas inconnues des autorités. Enregistrées accidentellement par une caméra-piéton en novembre 2025, elles avaient été découvertes par d’autres policiers et signalées à la hiérarchie dès le 8 novembre. Une enquête administrative avait été ouverte par la mairie le 23 décembre. De son côté, le parquet avait connaissance de l’enregistrement depuis la fin décembre, après une plainte déposée par… le brigadier-chef lui-même pour « atteinte à l’intimité de la vie privée » !

Les mois sont pourtant passés sans qu’aucune sanction ne soit prononcée. Le rapport de l’enquête administrative, transmis à la nouvelle municipalité RN le 19 mai, affirmait ne pas pouvoir établir avec suffisamment de certitude l’identité des auteurs de chacun des propos. Les policiers incriminés continuèrent donc d’exercer. Il a fallu attendre que Midi libre rende l’affaire publique, près de dix mois après les faits, pour que les policiers concernés soient suspendus.

Quelques jours plus tard, une autre vidéo tournée à Carcassonne était diffusée sur les réseaux sociaux. Les images datent cette fois du 21 juin, soir de la Fête de la musique. On y voit une personne, Youssef E., s’avancer vers une enceinte sonore, apparemment pour récupérer son téléphone, lorsqu’un agent de la police nationale arrive alors derrière lui, le saisit et le projette violemment au sol. Sa tête heurte la chaussée. Plusieurs policiers municipaux sont présents. Parmi eux se trouve le brigadier-chef qui est au centre de la première affaire. Quant à la victime, elle est morte quelques jours plus tard, sans que l’enquête n’ait pu démontrer pour l’instant de lien entre sa mort et les violences qu’elle avait subies.

Le 13 septembre, au lendemain de la diffusion publique de la vidéo, le parquet saisit l’IGPN et ouvre une enquête pour « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique » contre le policier national qui a projeté Youssef au sol. Dans ces deux affaires, il aura donc fallu que des images deviennent publiques pour que ces faits graves aient des conséquences pour les policiers incriminés.

Des « cas isolés » ?

Le problème ne se réduit pas aux préjugés réactionnaires de certains policiers – comme le prétend le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez – ou à la seule ville de Carcassonne. En dernière analyse, la fonction fondamentale de la police et de l’ensemble de l’appareil d’Etat est de défendre l’ordre social capitaliste. Or, le racisme est un des outils que la classe dirigeante utilise pour diviser la classe ouvrière. C’est ce qui explique qu’il soit omniprésent dans les rangs de la police.

Selon un rapport du Défenseur des droits, les jeunes hommes noirs ou arabes ont ainsi quatre fois plus de risques d’être contrôlés par la police que le reste de la population et douze fois plus de risques de subir un contrôle « poussé ».

Mais les violences policières ne se limitent pas au racisme. Entre 2016 et 2024, le « surcontrôle » relatif des jeunes hommes noirs ou arabes a par exemple diminué. Pourtant, comme le souligne le Défenseur des droits, ce n’est pas parce qu’ils sont moins contrôlés, mais parce que le reste de la population l’est davantage qu’auparavant ! Durant la même période, la proportion de la population déclarant avoir subi un contrôle au cours des cinq années précédentes est passée de 16 % à 26 %.

Ce n’est pas étonnant : à mesure que la lutte des classes s’intensifie, que les grèves, les manifestations et les mouvements sociaux deviennent plus nombreux, la répression policière et la propagande raciste de la classe dirigeante s’intensifient elles aussi.

Il est vital que le mouvement ouvrier mobilise toutes ses forces dans la lutte contre le racisme, contre la répression policière et contre les tentatives du gouvernement d’accroître l’impunité des policiers. La mobilisation contre la loi « permis de tuer » doit notamment être poursuivie et étendue.

Enfin, il faut souligner qu’il est impossible de mettre définitivement fin aux violences policières sans s’attaquer au capitalisme lui-même. La police est une institution spécialement mise sur pied, depuis des générations, pour défendre les profits de la classe dirigeante. Elle ne peut pas être « réformée ». Elle doit être supprimée, en même temps que le reste de l’appareil d’Etat de la bourgeoisie, et remplacée par un nouvel Etat, placé sous le contrôle des travailleurs et défendant leurs intérêts !

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