Le 21 juin dernier, le politicien d’extrême-droite Abelardo de la Espriella, ami des groupes paramilitaires qui ont terrorisé la Colombie pendant des décennies, a remporté le deuxième tour de l’élection présidentielle sur la base d’un programme austéritaire et répressif. Il avait recueilli 43,7 % des voix dès le premier tour, le 21 mai.

Comment expliquer la victoire d’un homme lié de longue date aux trafics de drogue – et qui, il y a trois mois, ne recueillait encore que 25 % des intentions de vote ?

La base électorale d’Abelardo

Comme avocat, Abelardo dispose déjà d’un carnet d’adresses rempli de politiciens corrompus et de grands propriétaires véreux. A cela s’ajoutent ses liens familiaux avec les hautes sphères de la bourgeoisie colombienne – et en particulier l’ancien président de droite, Alvaro Uribe Vélez.

Ces fréquentations ne l’ont pas empêché de se présenter comme un candidat « anti-système ». Il a déclaré que les trois derniers présidents s’étaient enrichis grâce au narcotrafic et aux guérilleros. Ce discours a trouvé un écho dans une partie des classes moyennes qui sont très exposées aux activités criminelles. Le gouvernement de gauche précédent avait promis de chasser les groupes armés du territoire, mais n’y est absolument pas parvenu.

Abelardo a aussi profité de l’effondrement de la droite traditionnelle, qui est notoirement corrompue et profondément discréditée. De manière générale, en Colombie comme ailleurs, il y a un puissant rejet du système politique officiel. Seuls 36 % des Colombiens déclarent faire confiance à leur gouvernement. 32 % pensent que leurs enfants auront une meilleure vie qu’eux.

C’est sur cette base qu’Abelardo a progressé dans certains quartiers ouvriers de Bogota et dans des places fortes du « Pacto Historico », le parti de gauche de l’ancien président Gustavo Petro.

« Eradiquer » la gauche

Le programme d’Abelardo tient sur trois pages. Il annonce une « offensive militaire agressive contre le crime » et « des frappes de décapitation contre les dix chefs du narcoterrorisme ».

Ses cibles principales sont les gangs criminels, mais aussi les groupes guérilléristes tels que l’ELN et les FARC. De manière générale, il appelle à « éradiquer » la gauche. C’est un très sérieux avertissement pour l’ensemble du mouvement ouvrier colombien.

Cependant, les soixante dernières années ont prouvé qu’il est impossible de régler le problème des groupes armés et des guérillas sans s’attaquer à leurs racines sociales et économiques. Ces phénomènes sont le produit des immenses monopoles agricoles : 80 % des terres appartiennent à 10 % de la population rurale, ce qui force les petits paysans à travailler dans les champs de coca, plus rentables que les cultures traditionnelles.

L’objectif affiché par Abelardo – régler des décennies de conflits en 90 jours – est voué à l’échec.

La défaite des réformistes

Le « Pacto Historico »avait largement remporté les élections législatives de mars dernier. Quant à Gustavo Petro, il bénéficiait en janvier d’un taux de popularité de 51 %. Dans ces conditions, comment la gauche réformiste a-t-elle pu perdre le scrutin présidentiel de mai et juin derniers ?

Le cœur du problème est le bilan mitigé du dernier gouvernement. Malgré certaines réformes progressistes, il n’a pas réussi à résoudre le problème des groupes armés, ni celui de la privatisation du système de santé.

Prise de court par la montée en puissance de la droite « populiste », la gauche réformiste s’est avérée incapable de se lier au puissant rejet du « système ». Au contraire : elle s’est présentée comme la garante de la stabilité et des institutions. Ceci a joué un rôle central dans sa défaite.

Cependant, un élément fondamental de ces élections fut la mobilisation massive de millions de travailleurs qui rejettent le nouveau gouvernement. La classe ouvrière colombienne n’est pas soudainement devenue réactionnaire, et ses organisations ne se laisseront pas « éradiquer » par la clique d’Abelardo.

Le rôle des communistes colombiens est de se lier aux couches les plus combatives de la jeunesse et du salariat, dans ce pays. Ils doivent expliquer systématiquement qu’une puissante offensive de la classe ouvrière, armée d’un programme radical, permettra non seulement de repousser les attaques d’Abelardo, mais aussi d’ouvrir la voie à une rupture révolutionnaire avec le capitalisme colombien.

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