Mercredi 14 octobre, un face-à-face a opposé les syndicalistes et leurs soutiens aux partisans de la majorité municipale devant la Bourse du travail de Villetaneuse (Seine-Saint-Denis). Ces derniers s'étaient installés sur des chaises devant l'entrée pour empêcher l'occupation du lieu, appelée par les syndicats.
A l'origine de cette situation : la décision du maire « divers gauche », Dieunor Excellent, d'expulser les organisations syndicales de leur Bourse du travail. La municipalité leur avait donné jusqu'au 13 octobre à 23 h 59 pour quitter les lieux. Mais, dès le 13 octobre dans la journée, elle a fait changer les verrous, avant même l'expiration du délai qu'elle avait fixé.
Le PCR s'est rendu sur place mercredi pour apporter son soutien et relayer la lutte. Nous serons de nouveau présents ce jeudi 15 octobre, aux côtés des syndicalistes.
Un lieu indispensable aux travailleurs
Les Bourses du travail accueillent des permanences syndicales : les salariés peuvent y obtenir des conseils, notamment juridiques, et un accompagnement face à leur employeur. C'est particulièrement important pour ceux des petites entreprises, les travailleurs isolés ou les intérimaires, nombreux dans les environs, qui ne disposent pas toujours de représentants syndicaux sur leur lieu de travail.
Mais la Bourse du travail est aussi un lieu où les travailleurs peuvent se réunir, organiser des assemblées générales et préparer leurs mobilisations.
Ces dernières années, les syndicats de la Bourse du travail de Villetaneuse ont ainsi apporté une aide précieuse à de nombreux travailleurs, notamment aux salariés d'Onet, aux travailleuses du nettoyage d'Agenor à l'université de Villetaneuse, aux salariés de Clinalliance à Pierrefitte, ainsi qu’à des travailleurs sans papiers.
Lors de la lutte contre la réforme des retraites, la Bourse du travail a également servi à organiser des initiatives locales et des départs collectifs en manifestation, avec des bus affrétés pour l'occasion.
Sa fermeture affaiblirait les capacités d'organisation du mouvement ouvrier dans le secteur.
La jeunesse comme prétexte
Pour justifier sa décision, Dieunor Excellent invoque le manque de locaux municipaux et souhaite affecter le bâtiment au service jeunesse. Pourtant, la ville dispose déjà d’espaces consacrés à la jeunesse, à quelques mètres de la Bourse du travail. Cela ne signifie pas que les équipements existants suffisent, mais pourquoi faudrait-il satisfaire les besoins des jeunes en supprimant ceux des syndicats ? Les deux doivent disposer des moyens nécessaires à leurs activités. En réalité, la mairie se sert de la jeunesse comme d’un prétexte pour « justifier » l’expulsion des syndicats.
Le maire prétend ne pas s'attaquer aux libertés syndicales. Dans un tract diffusé par ses soutiens, la municipalité affirme vouloir « étudier la mise à disposition d'un autre espace adapté » aux besoins des syndicats. Mais aucune garantie n'est donnée quant à l'attribution d'un local permanent et indépendant. Les prêts ponctuels de salles municipales évoqués jusqu'ici ne sauraient remplacer une Bourse du travail où les salariés, syndiqués ou non, peuvent se rendre à n’importe quel moment en cas de besoin.
Le 24 septembre, huit organisations syndicales départementales ont demandé au maire de revoir sa décision et de les recevoir. Leur demande de rendez-vous est restée sans réponse. Le 5 octobre, des syndicalistes et des habitants sont intervenus au conseil municipal pour protester. Le maire « divers gauche » a refusé de leur donner la parole, suspendu la séance et fait intervenir la police nationale – qui a contrôlé l'identité de plusieurs syndicalistes.
Une attaque qui dépasse Villetaneuse
Cette offensive s'inscrit dans une série d'attaques contre les Bourses du travail. Au Blanc-Mesnil, la municipalité de droite a fermé celle de la ville en 2014. A Aubervilliers, l'ancienne maire UDI a tenté d'expulser les syndicats, au motif là aussi de libérer des locaux pour les associations. La mobilisation des syndicats a permis de l’emporter.
D’autres municipalités de droite et d'extrême droite se sont également attaquées aux locaux syndicaux à Arles et Carcassonne, par exemple. Mais à Villetaneuse, c'est un maire se réclamant de la « gauche » qui mène cette politique… de droite.
Ces attaques contre les Bourses du travail s'inscrivent elles-mêmes dans une offensive générale contre les syndicalistes et les travailleurs en lutte, confrontés à des licenciements abusifs, des poursuites judiciaires et des interventions policières sur les piquets de grève.
Le capitalisme français traverse une crise profonde qui provoque une intensification de la lutte des classes. La bourgeoisie réagit notamment en s'attaquant aux droits démocratiques et syndicaux de la classe ouvrière. Les expulsions des Bourses du travail participent de cette offensive : elles visent à priver les travailleurs de lieux où ils peuvent se défendre et organiser leurs luttes.
Face à cette offensive, les syndicats refusent de céder. Après plusieurs heures de mobilisation devant la Bourse du travail mercredi 14 octobre, malgré l'obstruction des partisans de la majorité municipale, ils ont décidé de poursuivre leur mobilisation dès le lendemain. Un nouveau rassemblement est prévu ce jeudi 15 octobre à 14 heures.
Cette attaque intervient alors qu'un puissant mouvement de la jeunesse se développe à l'échelle nationale et que s’approche la mobilisation du 17 octobre.
Dans ce contexte, les Bourses du travail sont d'autant plus précieuses : elles peuvent constituer des lieux de rencontre et d'organisation commune entre les travailleurs et les jeunes en lutte. Une délégation d’étudiants de l’université de Villetaneuse s’est d’ailleurs rendue à la Bourse du travail pour soutenir les syndicats – une excellente initiative !
Le PCR apporte tout son soutien aux syndicalistes de Villetaneuse et appelle les travailleurs, les étudiants et les lycéens dans le secteur à se rendre à la Bourse du travail, au 47 rue Roger Salengro, pour leur apporter leur solidarité. La Bourse du travail doit rester aux travailleurs !
